Serge Halimi – Fédéralisme à marche forcée

Les grandes catastrophes encouragent les croyants les plus fervents à redoubler aussitôt de piété. Ainsi des fédéralistes européens : refusant de concevoir qu’on puisse un jour tourner le dos aux politiques d’intégration — monétaire, budgétaire, commerciale — qui ont aggravé la crise économique, ils souhaitent au contraire renforcer l’autorité de ceux qui les ont mises en œuvre. Les sommets européens, les pactes de stabilité, les mécanismes disciplinaires n’ont rien arrangé ? C’est, répondent invariablement nos dévots, parce qu’ils n’ont pas été assez loin : pour eux, toute réussite s’explique par l’Europe, et tout échec par le manque d’Europe (1). Cette foi du charbonnier les aide à dormir à poings fermés et à faire de jolis rêves. Lire la suite

Anne Dufresne – Le consensus de Berlin

Avril 2010. La « troïka », composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI), intervient dans les processus de négociation collective en Grèce. Elle exige une baisse des salaires d’environ 25 % dans le secteur public ainsi que la réduction du salaire minimum. En juin, le même trio lance une procédure spéciale enjoignant au gouvernement roumain d’« adopter un code du travail révisé et une législation sur la négociation collective afin de réduire le coût de l’embauche et d’améliorer la flexibilité des salaires (1) ». Un an plus tard, enfin, la Commission européenne appelle la Belgique à réformer son système d’indexation des salaires, arguant que « les coûts unitaires de la main-d’œuvre [y] ont augmenté plus rapidement que dans les trois pays voisins (France, Allemagne, Pays-Bas) (2) ». Lire la suite

Michel Butel – Faisons l’Histoire

Dans la politique, il y a du contradictoire. Pour aller au simple (aux priorités), il faut inventer un chemin, cela perturbe.

Il fallait que la droite perde la présidentielle. Il aurait fallu que ce ne soit pas l’état-major du parti socialiste qui arrive au pouvoir. Il vaudrait mieux que le président de la République soit un homme inspiré.

Il aurait fallu qu’il parle une belle langue. Il aurait fallu que les vainqueurs de cette élection reconnaisse que sans la loyauté totale de Jean-Luc Mélenchon, Sarkozy restait au pouvoir. Il faudrait que les socialistes et leurs quasi-affidés écologistes fassent entendre aux ouvriers, aux jeunes, aux chômeurs, aux misérables, aux humiliés, une voix sincère qui assure que leur sera prêtée une attention réelle, qui leur prouve que tout sera mis en oeuvre pour les protéger des offenses et des supplices qui leur sont faits. Lire la suite

Collectif – Gauche grecque et Europe démocratique

 

Dans l’enchaînement d’événements qui ont jeté la Grèce au fond du gouffre, chacun sait que les responsabilités des partis au pouvoir depuis 1974 sont écrasantes. Ils n’ont pas seulement bénéficié de la corruption et des privilèges, ils en ont fait bénéficier largement les fournisseurs et les créanciers de la Grèce. On pourrait s’étonner, dans ces conditions, que les dirigeants européens et le FMI, transformés en parangons de vertu et de rigueur, s’emploient à ramener au pouvoir ces mêmes partis faillis et déconsidérés, dénonçant le «péril rouge» incarné par Syriza et promettant de couper les vivres si les nouvelles élections du 17 juin confirment le rejet du «Mémorandum». Cette ingérence n’est pas seulement contradictoire avec les règles démocratiques, ses conséquences sont dramatiques pour notre avenir commun. Lire la suite

Philippe Marlière – La social-démocratie face à la crise de la zone euro

Interview à paraître dans la revue Synchrona Themata (Grèce) en juin 2012. Numéro spécial consacré à la social-démocratie face à la crise de la zone euro.

Synchrona Themata  :  Depuis les années 1990, l’introduction de l’Union économique et monétaire européenne liée à une discipline monétaire et budgétaire strictement «orthodoxe», a imposé de fortes contraintes sur les politiques économiques et sociales chères à la social-démocratie européenne. Les sociaux-démocrates en Europe ont même pris le risque de rompre de façon permanente avec le noyau ouvrier de leur électorat. Comment expliquez-vous cela? Croyez-vous qu’il y avait une voie différente pour les sociaux-démocrates? Lire la suite

Edwy Plenel – Nous sommes tous des Grecs

En Grèce se joue l’avenir commun des peuples européens : non seulement celui de nos économies, mais celui de nos démocraties. Les Grecs ne sont pas responsables d’une crise produite par l’aveuglement d’une Europe ayant abandonné la politique pour la finance. Si la solidarité avec le peuple grec s’impose, c’est parce qu’elle est la condition préalable d’un changement véritable. La guerre d’Espagne fut l’épreuve européenne du Front populaire, la crise grecque est celle de la présidence Hollande. Lire la suite

Amartya Sen – The Crisis of European Democracy

If proof were needed of the maxim that the road to hell is paved with good intentions, the economic crisis in Europe provides it. The worthy but narrow intentions of the European Union’s policy makers have been inadequate for a sound European economy and have produced instead a world of misery, chaos and confusion.

There are two reasons for this. Lire la suite

C.Durand et R.Keucheyan – Syriza ou le moment de changer l’Europe

Le succès remporté par Syriza lors des législatives grecques du 6 mai est un événement pour toute l’Europe. Arrivée en deuxième position, cette formation de la gauche radicale est désormais la principale force d’opposition aux politiques de la «troïka» (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) relayées par les partis du centre, gauche et droite réunies. Dans un pays en décomposition accélérée, où s’étend l’ombre délirante des néonazis, elle incarne la seule lueur d’espoir. Face à la dégénérescence de l’Europe néolibérale, c’est par Athènes que passe aujourd’hui l’alternative. Lire la suite

Diana Johnstone – The French Chose a New “President”; Will the Eurocrats Let Him Do Anything?


The choice of François Hollande over Nicolas Sarkozy was an extreme case of the lesser of two evils.   Seldom has a winning candidate inspired so little enthusiasm.  Considering how unpopular Sarkozy was, according to polls, the final vote of 51.6% for Hollande to 48.4% for Sarkozy was surprisingly close. Voting for the bland and inoffensive Hollande was finally the only way to get rid of the agitated Sarkozy, aggressively pretending to be President of France.

There is no more real President of France.  The leader who is elected to occupy the Elysée Palace no longer lays down the policy direction to be taken by the nation. That role has been largely taken over by the European Union Commission in Brussels. Lire la suite

Democracy Now ! – « A Political Implosion »: Anti-Austerity Parties Win Historic French and Greek Elections

Voters in Europe have supported anti-austerity candidates in landmark victories. In France’s presidential election, François Hollande was elected as the first Socialist to lead France in 17 years. Greek citizens rejected two parties in parliamentary elections that had pledged to enact harsh international bailout measures. Meanwhile, Greece’s neo-Nazi Golden Dawn party could enter parliament for the first time. « Just like after 1929, when you start with a Wall Street collapse, which then spreads throughout the breadth and width of the world capitalist economies, similarly, after 2008, we have an economic crisis that shook the foundations of the eurozone, » says Yanis Varoufakis, professor of economic theory at the University of Athens in Greece. « The political class, just like in the 1930s, has failed spectacularly to mount a response to this economic crisis, and now there is a political implosion. »  Amy Goodman – Democracy Now ! May 7, 2012

GUEST: Yanis Varoufakis, professor of economic theory at the University of Athens in Greece.

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