JM. Harribey – TVA sociale : Taxe sur la vache augmentée

L’année 2012 commence aussi mal que 2011 s’était terminée. La crise s’étend, le chômage s’envole et la politique d’austérité aggrave encore les choses. Le gouvernement, jamais avare de cynisme, ne cesse de vomir la réduction du temps de travail mais prône le chômage à temps partiel. Comme tout cela frise l’indécence et la vacuité, Monsieur Sarkozy et Madame Parisot tentent un dernier coup avec la TVA dite sociale et renommée taxe anti-délocalisations. Au motif qu’il faudrait rendre les entreprises françaises plus compétitives à l’extérieur et faire payer une partie de notre protection sociale par les importations. Cette proposition est une énorme tromperie : tout concourt à leurrer les travailleurs dont l’emploi est menacé et les citoyens soumis à une fiscalité de plus en plus injuste. Lire la suite

Ordres de grandeurs économiques …

Les sociétés du CAC 40 ont distribué 37 milliards d’euros de dividendes (1). Pendant ce temps, le Fonds de Soutien de la zone euro, FESF, « réussit » à prélever … 3 milliards d’euros pour venir en aide à … l’Irlande et au Portugal (2).

L’objectif de la TVA « sociale » ou TVA « anti-délocalistation serait d’augmenter la compétitivité des entreprises en abaissant le coût du travail en France. D’un côté, ce travail qui est, malgré ou … grâce aux 35 heures, l’un des plus productifs au monde, a un coût équivalent à celui du travail dans le « modèle » allemand. De l’autre, ce coût est très supérieur à celui de la Chine où le salaire minimum vient d’être porté à … 1260 yuans (155 €) par mois à Pékin et à 1500 yuans (185 €) à Shenzen ! De ce côté, il est vrai qu’il y a du boulot pour se mettre d’équerre !

Quid bien sûr du niveau de la consommation ou de la demande. Les politiques qui depuis plus de 30 ans visent à favoriser l’offre, ont eu pour résultat un échec socio-économique sans précédent. Elles ne sont que le masque pseudo-sicentifique d’une redistribution de la richesse au profit des possédants. Comme l’écrit Christiane Marty, « la part, dans la valeur ajoutée, des dividendes nets versés aux actionnaires est passée de moins de 3% à plus de 8% en vingt-cinq ans, pendant que la part des salaires reculait de 8 points. Si un coût doit baisser, c’est bien celui du capital. »

1. Le Monde, 05.01.2012

2. Le Monde, 05.01.2012

Christiane Marty – La « TVA sociale » ? Injuste et antisociale

L’idée de la «TVA sociale» resurgit régulièrement dans le débat politique, et encore récemment. Cette appellation désigne le projet de basculer sur la TVA tout ou partie des cotisations sociales patronales (les fameuses «charges» sociales). En contrepartie, les entreprises sont supposées répercuter la baisse de leurs cotisations sociales sur les prix hors taxes : ainsi la hausse du taux de TVA s’appliquerait sur un prix abaissé et serait invisible pour le consommateur, tout au moins pour ce qui est produit en France. Les produits importés verraient leur prix augmenter, ce qui avantagerait alors la production française sur le marché intérieur… La recette serait toujours affectée au financement de la Sécurité sociale, mais circulerait par un autre «tuyau». Selon ses partisans, ce transfert permettrait de réduire le coût du travail, la compétitivité des entreprises s’en trouverait améliorée et les délocalisations évitées. Effet magique d’un changement de tuyau ? Lire la suite

JM Harribey & V Drezet – La protection sociale, un gage d’avenir

Le tour de force de l’idéologie libérale aura été, au cours des trente dernières années, d’accréditer l’idée que la protection sociale était un coût et surtout qu’elle n’était qu’un coût. En France, à elles seules, l’assurance-maladie représente annuellement 11 % du PIB et les retraites 13 % ; le tout « absorbe », nous dit-on, un bon quart de la richesse produite. Pire encore, ces proportions augmentent avec le temps et seraient un handicap pour l’économie engagée dans la compétition mondiale. Il n’y aurait donc d’autre choix que de raboter l’ensemble, dans le but inavoué de le transformer progressivement en un nouveau champ de placement pour le capital qui convoite un marché annuel potentiel de quelque 500 milliards d’euros. Ainsi, la santé ou les retraites ne seraient plus, pour les compagnies d’assurance, les fonds de pension et les banques, juste un coût, mais un bénéfice ! Lire la suite