John Marsh – L’éducation suffira-t-elle ? Contre les inégalités, une panacée illusoire.

Alors même que les campements du mouvement Occuper Wall Street (OWS) se multipliaient aux Etats-Unis, une étude très officielle publiée au mois de novembre est venue en éclairer les fondements. Selon le Bureau du budget du Congrès (Congressional Budget Office, CBO), le revenu médian (1) des foyers américains a crû de 35 % entre 1979 et 2007. Pendant la même période, les salaires progressaient sept fois plus vite pour le centile le plus riche (soit 1 %de la population) (2).

Le jour qui suivit l’annonce de ces chiffres, l’éditorialiste Nicholas Kristof — identifié comme « plutôt à gauche » — publia dans le New York Times un article intitulé « Occuper la salle de classe » (3). Tout en prenant la mesure du problème posé par les inégalités socio-économiques aux Etats-Unis, il s’y démarquait des revendications implicites des manifestants : il n’en appelait ni à une augmentation de la contribution fiscale des plus riches, ni à une régulation du système financier, encore moins à l’emprisonnement de banquiers en vue. Lire la suite

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Anne Dufresne – Le consensus de Berlin

Avril 2010. La « troïka », composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI), intervient dans les processus de négociation collective en Grèce. Elle exige une baisse des salaires d’environ 25 % dans le secteur public ainsi que la réduction du salaire minimum. En juin, le même trio lance une procédure spéciale enjoignant au gouvernement roumain d’« adopter un code du travail révisé et une législation sur la négociation collective afin de réduire le coût de l’embauche et d’améliorer la flexibilité des salaires (1) ». Un an plus tard, enfin, la Commission européenne appelle la Belgique à réformer son système d’indexation des salaires, arguant que « les coûts unitaires de la main-d’œuvre [y] ont augmenté plus rapidement que dans les trois pays voisins (France, Allemagne, Pays-Bas) (2) ». Lire la suite

Mathieu Magnaudeix – « Les salariés vivent la peur au ventre »

Ils sont sept. Sept médecins du travail militants qui, depuis des années, voguent – comme une poignée d’autres – à contre-courant de leur profession, « mise dans le formol », disent-ils, de par sa dépendance congénitale avec le patronat. En 1994, le collectif des médecins du travail de Bourg-en-Bresse (Ain) rendait public un rapport sur la santé physique et psychique de leurs patients. Une grande première, qui fit beaucoup de bruit. Depuis, ils ont continué, forts de trente ans de travail de terrain sur un même secteur géographique qui compte 25 000 salariés et 2 500 entreprises, dont de nombreuses PME. Leur dernier opus, le dix-huitième, récemment publié, tire à nouveau la sonnette d’alarme. Ils l’ont titré Apocalypse Now. Difficile d’être plus explicite.  Lire la suite

Philippe Askenazy – « Croire que la politique de l’emploi crée de l’emploi, c’est une erreur »

Alors que l’emploi reste la priorité des Français, la stratégie de François Hollande exposée pendant la campagne fait débat : le Président-élu entend actionner le même levier que Nicolas Sarkozy, peser sur le « coût du travail ». Autrement dit, jouer sur les cotisations sociales des entreprises. La solution est appliquée depuis plus de vingt ans en France, sans résultats, fait remarquer Philippe Askenazy. Critique libérale ? Pas vraiment. Le chercheur fait partie des Economistes atterrés, qui « ne se résignent pas à la domination de l’orthodoxie néolibérale », et pensent que « d’autres politiques économiques sont possibles ». Directeur de recherche au CNRS et docteur à l’EHESS, Philippe Askenazy envisage d’autres solutions pour l’emploi en France. Lire la suite

Frédéric Lordon – Le FN, produit endogène des alternances sans alternative

Dans une parfaite prescience de ce qu’est notre condition actuelle, Rousseau ne cachait pas être effaré qu’on puisse appeler « démocratie » un système qui donne la parole au peuple une fois tous les cinq ans pour le renvoyer à la passivité et à l’inexistence politique tout le reste du temps. Il vaut donc mieux ne pas louper l’ouverture de la fenêtre quinquennale ! — coup de chance c’est maintenant… comme en témoignent les cris d’horreur des médias redécouvrant qu’il existe un électorat d’extrême droite, peut-être même qu’il existe un électorat tout court, redécouverte il est vrai facilitée chaque fois que l’électorat en question les contredit. A quelque chose malheur est bon et, au milieu de si nombreux motifs d’accablement, le spectacle de la volaille éditocratique courant en tous sens dans un nuage de plumes pourrait presque être divertissant — s’il n’était destiné à finir aussi brutalement, et inutilement, qu’il a commencé : passé le second tour des législatives, « l’électorat » retournera aussitôt au néant dont, idéalement, il n’aurait jamais dû sortir. Lire la suite

Henri Pena-Ruiz – A gauche sans complexe



Le moment est venu pour une gauche décomplexée de relever la tête, d’assumer son héritage, d’oser la politique qui fait sa raison d’être. Une politique refondée par le partage du savoir et de la richesse, par l’alliance généreuse de la culture et de l’engagement pour la justice sociale, pour la responsabilité écologique, pour une citoyenneté propre à redonner la parole au peuple. Jean-Luc Mélenchon a donné le bel exemple d’une telle refondation, à mille milles des préjugés de la classe dominante et de la trivialité d’un gouvernement qui n’a pas hésité à pêcher en eaux troubles en inventant l’abjection du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». Le président sortant joue désespérément sur la peur et désigne à la vindicte collective une partie de la population pour susciter un vote en conséquence. Une dérive honteuse, qui montre jusqu’où peut aller la conjonction de l’addiction au pouvoir et d’une politique obscurantiste, tournée vers les seuls privilèges des puissances dominantes.  Lire la suite

Antoine Reverchon – Indépendants précaires & Hyperprécaires

 

Un vote surprise ? Un vote de crise, que tous les indicateurs sociaux à notre disposition avaient pourtant annoncé.

Entre septembre 2008 et février 2012, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus est passé de 980 000 à 1,6 million, la durée moyenne d’inscription des sortants du chômage est passée de 195 à 250 jours.

D’autres données sont plus anciennes ou partielles, signe que l’outil statistique n’est guère sollicité pour traiter l’urgence, mais la tendance est là. Entre 2008 et 2010, le taux de chômage des travailleurs non qualifiés est passé de 12,7 % à 16,1 %. Cette année-là, 8,2 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvreté (60 % du salaire médian), 330 000 de plus qu’en 2007.

De 2002 à 2009, la population disposant de moins de 40 % du revenu médian a augmenté de 43 %. Entre 2010 et 2011, le nombre de personnes demandant de l’aide aux équipes du Secours catholique a augmenté de 45 %, etc. Lire la suite