Christian Laval – Penser le néolibéralisme

Rien n’est plus urgent que de comprendre les ressorts de l’hégémonie acquise par les idées et les politiques inspirées du néolibéralisme dans les pays occidentaux. On sait que ceux qui refusent encore de faire de « l’économie de marché «, alias le capitalisme, l’horizon définitif de l’humanité, commettent, comme aurait dit Friedrich Hayek, « l’erreur de la raison « la plus dangereuse qui soit. Si on ne les met pas au bûcher, on les exile hors du « cercle de la raison« pour qu’ils ne puissent pas nuire à « l’ordre juste « du monde libre. Comme, à l’évidence, ces déraisonnables sont incapables de peser politiquement et semblent se complaire trop souvent dans un « antilibéralisme « incantatoire – ce qui n’est peut-être pas sans rapport avec leur impuissance politique relative –, « tout va bien «, du moins pour l’instant. L’on ne peut donc s’empêcher de penser qu’il y a bien ici une nécessité à satisfaire si l’on souhaite dévier le cours des choses : il faut de nouvelles armes théoriques pour lutter contre le poids des évidences et la force des pouvoirs qui les incarnent. Le paradoxe de la situation tient à ce que les analyses qui ont profondément renouvelé l’approche du phénomène néolibéral ont été, pour partie, produites il y a maintenant près d’une trentaine d’années par Michel Foucault, sans que les mouvements sociaux et les intellectuels qui leur sont liés n’en aient encore tiré tous les enseignements. Les choses sont peut-être en train de changer. Lire la suite