Chris Hedges – Northern Light

I gave a talk last week at Canada’s Wilfrid Laurier University to the Congress of the Humanities and Social Sciences. Many in the audience had pinned small red squares of felt to their clothing. The carre rouge, or red square, has become the Canadian symbol of revolt. It comes from the French phrase carrement dans le rouge, or “squarely in the red,” referring to those crushed by debt. Lire la suite

Raffaele Simone : « Pourquoi l’Europe s’enracine à droite »

Préambule : Le rappel par Raffaele Simone d’un autoritarisme « plus étendu et plus doux » décrit par Tocqueville et son inscription dans une « consommation » débridée et dans un oubli quasi-universel des luttes douloureuses auxquelles l’Europe doit son « modèle social », sa critique des errements des gauches de gouvernement, du New Labour britannique ou de la politique du « care » nous semblent particulièrement intéressants. D’autres aspects — l' »assistanat » de l’Etat-Providence des années 70, le poids explicatif accordé à un « passé communiste effrayant », … — nous paraissent plus discutables. Ou en tous cas, ils mériteraient des éclaircissements afin d’affirmer la cohérence générale du propos. Jm BA

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Comment expliquer l’effondrement de la gauche européenne, alors que le continent souffre des contrecoups de la crise financière née des excès du libéralisme ? L’essai de l’Italien Raffaele Simone Le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ? qui sort enfin en France (Gallimard) aide à comprendre. Linguiste de renommée internationale, philosophe sympathisant à gauche, Raffaele Simone a publié en Italie plusieurs ouvrages et articles critiques – Il Paese del Pressappoco  » Le pays de l’à-peu-près «  (Garzanti Libri, 2005).

Son constat est sévère. Selon lui, la gauche n’est plus porteuse d’un grand projet « à la hauteur de [son] temps ». Face à elle, la droite nouvelle l’emporte parce qu’elle a compris notre époque consommatrice, individualiste, pressée et médiatique, et sait se montrer pragmatique et sans idéologie. Cette droite conquérante s’est associée aux chefs d’entreprise comme aux hommes des médias pour promouvoir une société de divertissement et de défense des intérêts de court terme, tout en promettant la sécurité et la lutte contre l’immigration.Un projet que Raffaele Simone appelle « le monstre doux ». Lire la suite

Jean-Fabien Spitz – L’Etat social et la mondialisation

La plupart des commentateurs sont d’accord sur un constat : le mouvement contre la réforme des retraites est le signe de la réticence de la société française à accepter les effets de la mondialisation. Quels sont ces effets ? La protection sociale coûte cher et pèse sur la compétitivité des entreprises et, en clair, cela signifie que le fait que les salariés français bénéficient de retraites décentes, d’une éducation gratuite et d’un accès aux soins qui le demeure en principe également, entre dans les coûts des biens et des services produits en France et qui, de ce fait, ne peuvent rivaliser sur les marchés avec des produits et des services venant de pays dont la protection sociale est inexistante. La seule solution serait donc de couper dans les dépenses sociales, de réduire les déficits publics qu’elles entraînent, et de restaurer par ces moyens douloureux mais indispensables la compétitivité de notre pays sur le marché mondial. Ce raisonnement est simple et les dirigeants de la droite française ne comprennent pas qu’il y ait encore des égarés pour ne pas en admettre la pertinence et pour défendre des « acquis sociaux » dont le coût entraîne sans cesse plus notre pays vers le bas. Lire la suite

Adrien Levrat, François Ruffin – Le plan de bataille des marchés : entretien avec le stratège

« Les gens de marché s’expriment de façon très directe. » Dans sa note (largement traduite ici), le « chief economist de Cheuvreux » conseille en effet à François Hollande de « tromper le peuple » pour mettre fin au « fameux CDI »« On ne s’embarrasse pas de finasseries », poursuit-il dans un entretien diffusé dans l’émission Là-bas si j’y suis. Raison de plus, cette franchise, pour aller rencontrer ce « senior advisor », Nicolas Doisy. Car il ne faut pas mépriser l’adversaire : il est prêt à livrer bataille. Il a déjà son plan. Présentation. Lire la suite

Noam Leandri et Louis Maurin – Les assistés de la France d’en haut sont-ils « intouchables » ?

« Comment vous vivez l’idée d’être un assisté, ça vous gêne pas de vivre sur le dos des autres ? ». « Ca va merci. Et vous ? » Ce dialogue entre François Cluzet, riche handicapé assisté d’une kyrielle d’aides et Omar Sy, demandeur d’emploi, tiré du film Intouchablesd’Olivier Nakache et Eric Toledano, en dit long sur la société française. La France est pour partie un pays « d’assistés ». Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’aider les plus démunis à ne pas verser dans la misère. Mais le soutien de la collectivité ne se résume pas aux plus pauvres, loin s’en faut. Le problème, c’est qu’en haut de la hiérarchie sociale, on se permet de faire la leçon à une France qui peine à boucler ses fins de mois. Lire la suite

Guillaume Etievant – Les accords compétitivité-emploi : la fin du code du travail ?

De l’intervention de Nicolas Sarkozy dimanche 29 janvier, beaucoup de médias ont surtout retenu, outre la TVA sociale, la remise en cause des 35 heures. Ils ne se sont pas appesantis sur les conséquences directes des accords compétitivité-emploi prônés par le pouvoir en place. Pourtant, la volonté de permettre aux partenaires sociaux de déterminer ensemble la durée maximale de travail par entreprise se situe au cœur d’une remise en cause globale du droit du travail. Le but de l’accord compétitivité-emploi est d’autoriser les représentants syndicaux et les directions à signer des accords d’entreprise dérogeant au code du travail, notamment sur la question du temps de travail et des salaires, et n’ayant plus besoin d’un avenant au contrat de travail signé par les salariés pour être valides. Cette idée n’est pas neuve : elle est portée depuis longtemps par le patronat, la droite, mais aussi les sociaux-libéraux. En affichant une volonté d’améliorer les relations sociales entre les salariés, leurs représentants et le patronat, c’est en fait une véritable casse du modèle social français qui est en train de se mettre en place. Avec comme axe central la supériorité du contrat sur la loi.  Lire la suite

Denis Clerc – Les profiteurs, obsession de Nicolas Sarkoy

 

Nicolas Sarkozy, qui souhaite conditionner les allocations sociales à des contreparties obligatoires pour inciter les chômeurs à accepter un emploi, est littéralement obsédé par les aides sociales. Ses nombreuses erreurs sur la prime pour l’emploi ou le RSA montrent qu’il est persuadé que celles-ci découragent la reprise d’un emploi, et que ceux qui les reçoivent sont autant de profiteurs qui se la coulent douce. Lire la suite

Sylvie Laurent — Charles Murray : l’inspirateur américain de Nicolas Sarkozy ?

Préambule : Dans l’imaginaire politique « white » des Etats-Unis, il y a pire que la détestation profonde et ancienne des minorités « black », « latino », « native », … Il y a la révulsion haineuse que provoquent ceux qui sont qualifiés de … « white trash » ! Et il est vrai qu’a priori, ils infirment, en pratique, toutes les  thèses d’une suprématie blanche qu’elle soit, selon le degré de sophistication, raciale ou ethnique ou culturelle. Qu’à cela ne tienne, il suffit de ressortir, avec une violence symbolique nécessairement singulière, une bonne vieille histoire de Q.I. Ce à quoi s’applique Charles Murray, ses épigones et ses lecteurs dans un oubli ordinaire de la genèse contemporaine d’un problème ou d’une question sociale. Jm Ben Adeb
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La sortie sur les écrans cette semaine d’un portrait pour le moins tendre de Margareth Thatcher, alors même qu’un conservatisme musclé crispé sur les «valeurs» s’épanouit de part et d’autre de l’Atlantique, invite à se souvenir de celui qui fut l’un des grands inspirateurs du thatchérisme et qui est peut-être celui du président français aujourd’hui : le politiste Charles Murray, qui signe son grand retour dans le débat public américain avec la parution en ce début d’année de son nouveau livre Coming Apart : The State of White America, 1960-2010 (1). Lire la suite

Marion Esquerré – La santé, ça se mérite !

Réduire le déficit de la Sécurité sociale, voilà l’obsession depuis trente ans des pouvoirs publics. Deux pistes se distinguent : accroître les moyens de l’Assurance maladie, par la hausse des cotisations sociales par exemple, ou bien chercher à réduire ses dépenses. Les gouvernements successifs ont plus souvent opté pour cette seconde solution, actionnant deux leviers : la réforme de l’organisation et de la gestion économique du système de santé, au centre duquel on trouve l’hôpital, et la réduction progressive de l’indemnisation des soins.

Au final, le résultat est loin d’être convaincant. Le « trou de la Sécu » n’est pas comblé. Et des indicateurs comme le renoncement aux soins ou la réapparition de maladies que l’on croyait éradiquées font craindre une dégradation du niveau de santé publique. Alors, pourquoi s’entêter dans cette voie ? Au fond, quels que soient les domaines des politiques publiques, c’est toujours la même tendance qui est à l’oeuvre : l’abandon de l’État providence. Sur le modèle anglo-saxon, les citoyens sont lentement mais sûrement renvoyés à leur propre sort : « Agissez sur votre mode de vie pour agir sur votre santé. » La santé se mérite, tout comme l’emploi, et serait de moins en moins une affaire collective. Sur le terrain, les réformes portées par cette idéologie font des dégâts. Lire la suite

Peter – Le point sur l' »ObamaCare »

 

« Actuellement, on a le système de santé de loin le plus cher, le plus inefficace, le plus parasitaire, le moins compréhensif, le moins protecteur et le moins égalitaire du Premier Monde ». A la suite du billet, Merry Christmas, les pauvres!, Peter, qui vit à Seattle, a développé dans les commentaires un certain nombre de points (d’écueils, devrait-on dire) sur cette réforme. Afin que tous ceux qui passent par là puissent bénéficier de ces explications claires et instructives, en direct des Etats-Unis, je les inclus dans un billet à part entière.  Lire la suite