Jérôme Anciberro – Le retour de Roosevelt ?

ANALYSE – « Comme des somnambules, nous marchons vers la ca­tastrophe. » Cette phrase d’Edgar Morin ouvre, avec d’autres tout aussi inquiétantes, le dernier livre-manifeste que l’économiste Pierre Larrouturou consacre à la crise économique dans laquelle nous baignons depuis 2008. Avec son collectif Rossevelt 2012, il promeut plusieurs réponses autre que l’austérité à celle-ci. Lire la suite
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F.Cusset, T.Labica et V.Rauline – Néolibéralisme, pourquoi tu nous tiens?

On reconnaît les esprits libres à leur perplexité. A leur incrédulité face au purisme ostentatoire, leur scepticisme critique devant les déclarations univoques, les assertions trop entières, faites la main sur le cœur comme si l’on n’avait rien à voir avec cela même qu’on dénonce haut et fort. Dans la fièvre des années 1968, on abusait gaiement du terme de «fasciste», qu’on se renvoyait à la figure à tout bout de champ, des «CRS SS» aux «collabos» du Parti Communiste. Un conformisme de langage, et une dévaluation de ce mot et de ses enjeux historiques, auxquels le psychanalyste et philosophe Félix Guattari, esprit libre entre tous, aimait à opposer son scepticisme schizoïde à lui, un brin provocateur: le mot de fascisme n’a d’intérêt, répétait-il, ni comme nom d’oiseau ni comme relique historique, mais à partir du moment où l’on prend le risque de l’interroger subjectivement, de le chercher et de le reconnaître en nous, à travers nous, ce fascisme intérieur qui anime le petit individu (dogmatique ou pas) du monde contemporain, plus dangereux et pernicieux que celui des chemises brunes –ce fascisme en nous, écrivait-il, «qui nous fait aimer le pouvoir, désirer cette chose même qui nous domine et nous exploite».

Il serait grand temps de faire de même avec le mot de «néolibéralisme», qui a, quarante ans plus tard, un peu la même fonction que celui de «fascisme» au sortir des années 1960: renvoyer à une entité vague et mal dégrossie qu’on peut associer au Mal, s’en déclarer indemne, pur, extérieur, l’employer en toutes occasions pour s’entourer toujours d’une ligne de protection, d’une frontière dont on détient les clés, en-deçà de laquelle ça pense et ça résiste, et au-delà de laquelle ça consomme et ça se trompe, ça se vautre dans l’illusion rationnelle et dans le cynisme des marchés. Lire la suite

Jean-Pierre Pagé – Le grand égarement de l’austérité

De plus en plus, le « monde occidental » semble se fourvoyer et s’engager dans une impasse. Pendant les deux dernières décennies, les pays de l’Occident se sont endettés déraisonnablement jusqu’à ce que la crise sonne la fin de la récréation. Depuis lors, s’est enclenché un processus de recherche de la réduction de ces dettes sous le diktat des agences de notation et la pression des marchés. Sommés de toutes parts de réagir, menacés de voir leur « note » faire l’objet d’une dégradation et, avec celle-ci, leur possibilité de rembourser leur dette anéantie, les pays de la zone euro ont entrepris, tous en même temps, de ramener leurs comptes à l’équilibre, principalement au moyen de coupes dans leurs dépenses publiques censées, selon l’idéologie dominante, être plus efficaces que les hausses d’impôts. Lire la suite

Bill Moyers – How Wall Street Occupied America

« After their forty-year “veritable crusade” against our institutions, laws and regulations—against the ideas, norms and beliefs that helped to create America’s iconic middle class—the Gilded Age is back with a vengeance ». Bill Moyers, October 2011

Bill Moyers, né en juin 1934, a été l’attaché de presse du Président Johnson. Il a reçu en 2006, le Lifetime Emmy Award. Il déclarait en 2003 : « The corporate right and the political right declared class warfare on working people a quarter of a century ago and they’ve won. » Il ajoutait : « The rich are getting richer, which arguably wouldn’t matter if the rising tide lifted all boats » et notait : « [t]he inequality gap is the widest it’s been since 1929; the middle class is besieged and the working poor are barely keeping their heads above water. » Voici un texte qui est la retranscription partielle d’un discours que Bill Moyers a donné au Public Citizen’s fortieth-anniversary gala, en Octobre 2011.