Edwy Plenel – Nous sommes tous des Grecs

En Grèce se joue l’avenir commun des peuples européens : non seulement celui de nos économies, mais celui de nos démocraties. Les Grecs ne sont pas responsables d’une crise produite par l’aveuglement d’une Europe ayant abandonné la politique pour la finance. Si la solidarité avec le peuple grec s’impose, c’est parce qu’elle est la condition préalable d’un changement véritable. La guerre d’Espagne fut l’épreuve européenne du Front populaire, la crise grecque est celle de la présidence Hollande. Lire la suite

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Noam Chomsky – Sur le suicide économique de l’Amérique

LF : Nous allons commencer par un panorama. Comment décririez-vous la situation où nous nous trouvons, historiquement ?

NC : il y a soit une crise soit un retour à la norme d’une stagnation. Un point de vue veut que la norme soit la stagnation et que parfois on en sorte. L’autre veut que la norme soit la croissance et que parfois on puisse entrer en stagnation. On peut débattre cette question, mais la période veut que l’on soit près de la stagnation mondiale. En l’état des principales économies capitalistes, les États-Unis et l’Europe, c’est la croissance basse et la stagnation, avec une différenciation du revenu très forte dans un changement — un changement stupéfiant — de la production à la « financiérisation ».

Les États-Unis et l’Europe se suicident de différentes manières. En Europe, c’est l’austérité au cœur de la récession, c’est ce qui a garanti la catastrophe. Il y a une certaine résistance en ce moment. Aux États-Unis, c’est essentiellement la production délocalisée et la financiérisation, et se débarrasser de la population superflue en l’incarcérant. Lire la suite

Henri Pena Ruiz – Un nouveau discours politique a émergé

De lassitude en désespérance, la politique se languissait. On n’y croyait plus. Sous les feux de la rampe, les médias faisaient de leur mieux pour amuser la galerie. Hélas ! à leur insu, ils reproduisaient souvent les poncifs de l’idéologie dominante. La droite avait gagné la bataille des idées : elle avait imposé son langage, ses problématiques, son idéologie. Lire la suite

Diana Johnstone – The French Chose a New “President”; Will the Eurocrats Let Him Do Anything?


The choice of François Hollande over Nicolas Sarkozy was an extreme case of the lesser of two evils.   Seldom has a winning candidate inspired so little enthusiasm.  Considering how unpopular Sarkozy was, according to polls, the final vote of 51.6% for Hollande to 48.4% for Sarkozy was surprisingly close. Voting for the bland and inoffensive Hollande was finally the only way to get rid of the agitated Sarkozy, aggressively pretending to be President of France.

There is no more real President of France.  The leader who is elected to occupy the Elysée Palace no longer lays down the policy direction to be taken by the nation. That role has been largely taken over by the European Union Commission in Brussels. Lire la suite

Raffaele Simone : « Pourquoi l’Europe s’enracine à droite »

Préambule : Le rappel par Raffaele Simone d’un autoritarisme « plus étendu et plus doux » décrit par Tocqueville et son inscription dans une « consommation » débridée et dans un oubli quasi-universel des luttes douloureuses auxquelles l’Europe doit son « modèle social », sa critique des errements des gauches de gouvernement, du New Labour britannique ou de la politique du « care » nous semblent particulièrement intéressants. D’autres aspects — l' »assistanat » de l’Etat-Providence des années 70, le poids explicatif accordé à un « passé communiste effrayant », … — nous paraissent plus discutables. Ou en tous cas, ils mériteraient des éclaircissements afin d’affirmer la cohérence générale du propos. Jm BA

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Comment expliquer l’effondrement de la gauche européenne, alors que le continent souffre des contrecoups de la crise financière née des excès du libéralisme ? L’essai de l’Italien Raffaele Simone Le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ? qui sort enfin en France (Gallimard) aide à comprendre. Linguiste de renommée internationale, philosophe sympathisant à gauche, Raffaele Simone a publié en Italie plusieurs ouvrages et articles critiques – Il Paese del Pressappoco  » Le pays de l’à-peu-près «  (Garzanti Libri, 2005).

Son constat est sévère. Selon lui, la gauche n’est plus porteuse d’un grand projet « à la hauteur de [son] temps ». Face à elle, la droite nouvelle l’emporte parce qu’elle a compris notre époque consommatrice, individualiste, pressée et médiatique, et sait se montrer pragmatique et sans idéologie. Cette droite conquérante s’est associée aux chefs d’entreprise comme aux hommes des médias pour promouvoir une société de divertissement et de défense des intérêts de court terme, tout en promettant la sécurité et la lutte contre l’immigration.Un projet que Raffaele Simone appelle « le monstre doux ». Lire la suite

Alain Badiou – Le racisme des intellectuels

L’importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d’en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d’achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes d’étranges étrangers, veut se replier sur le nationalisme et la xénophobie.

C’est déjà du reste cette France « retardataire » qu’on accusait d’avoir voté non au référendum sur le projet de Constitution européenne. On l’opposait aux classes moyennes urbaines éduquées et modernes, qui font tout le sel social de notre démocratie bien tempérée. Lire la suite

Frédéric Lordon – Le FN, produit endogène des alternances sans alternative

Dans une parfaite prescience de ce qu’est notre condition actuelle, Rousseau ne cachait pas être effaré qu’on puisse appeler « démocratie » un système qui donne la parole au peuple une fois tous les cinq ans pour le renvoyer à la passivité et à l’inexistence politique tout le reste du temps. Il vaut donc mieux ne pas louper l’ouverture de la fenêtre quinquennale ! — coup de chance c’est maintenant… comme en témoignent les cris d’horreur des médias redécouvrant qu’il existe un électorat d’extrême droite, peut-être même qu’il existe un électorat tout court, redécouverte il est vrai facilitée chaque fois que l’électorat en question les contredit. A quelque chose malheur est bon et, au milieu de si nombreux motifs d’accablement, le spectacle de la volaille éditocratique courant en tous sens dans un nuage de plumes pourrait presque être divertissant — s’il n’était destiné à finir aussi brutalement, et inutilement, qu’il a commencé : passé le second tour des législatives, « l’électorat » retournera aussitôt au néant dont, idéalement, il n’aurait jamais dû sortir. Lire la suite