Noam Chomsky – Sur le suicide économique de l’Amérique

LF : Nous allons commencer par un panorama. Comment décririez-vous la situation où nous nous trouvons, historiquement ?

NC : il y a soit une crise soit un retour à la norme d’une stagnation. Un point de vue veut que la norme soit la stagnation et que parfois on en sorte. L’autre veut que la norme soit la croissance et que parfois on puisse entrer en stagnation. On peut débattre cette question, mais la période veut que l’on soit près de la stagnation mondiale. En l’état des principales économies capitalistes, les États-Unis et l’Europe, c’est la croissance basse et la stagnation, avec une différenciation du revenu très forte dans un changement — un changement stupéfiant — de la production à la « financiérisation ».

Les États-Unis et l’Europe se suicident de différentes manières. En Europe, c’est l’austérité au cœur de la récession, c’est ce qui a garanti la catastrophe. Il y a une certaine résistance en ce moment. Aux États-Unis, c’est essentiellement la production délocalisée et la financiérisation, et se débarrasser de la population superflue en l’incarcérant. Lire la suite

Henri Pena Ruiz – Un nouveau discours politique a émergé

De lassitude en désespérance, la politique se languissait. On n’y croyait plus. Sous les feux de la rampe, les médias faisaient de leur mieux pour amuser la galerie. Hélas ! à leur insu, ils reproduisaient souvent les poncifs de l’idéologie dominante. La droite avait gagné la bataille des idées : elle avait imposé son langage, ses problématiques, son idéologie. Lire la suite

Eugene Robinson – Death to Austerity

Economic austerity is a dangerous, self-defeating intellectual fad. Perhaps I should say that’s what it was, given Sunday’s election results in Europe. Perhaps I should also say good riddance.

Voters in France, Greece and even Germany—a hotbed of the austerity cult—told their political leaders, in no uncertain terms, that boosting economic growth is more important than cutting government spending. Here in the United States, I hope that Democrats, at least, were paying attention; I fear that the addled ideologues who control the Republican Party will never get the message. Lire la suite

Jean-Marie Harribey – En mi mineur : Entendez-vous dans la campagne?

La plupart des commentateurs de la campagne présidentielle ont dit qu’elle fut fade, inintéressante et ne posant pas les vrais problèmes. En particulier, il fut de bon ton de déplorer que l’écologie fut absente. Et tous les bien-pensants du productivisme ou de la relance de la croissance de rivaliser dans le versement de larmes de crocodile. Même parmi nos amis. Jusqu’à expliquer le faible score d’Eva Joly au premier tour par le fait qu’elle aurait peu porté le message de l’écologie. De même, l’emploi, le chômage, le travail, la répartition des revenus auraient été délaissés. Donc écologie et social auraient été abandonnés en rase… campagne. On a même entendu certains candidats de droite (notamment Sarkozy et Bayrou) accuser tous les candidats de gauche d’ignorer la crise, sans qu’aucun journaliste n’esquisse la question : « Quelle crise ? La vôtre ? Celle du système dont vous êtes l’apôtre et dont vous voulez assurer la pérennité ? » Ces diagnostics sont faux et ils révèlent tous les impensés des auteurs de ces commentaires. Lire la suite

Henri Pena-Ruiz – A gauche sans complexe



Le moment est venu pour une gauche décomplexée de relever la tête, d’assumer son héritage, d’oser la politique qui fait sa raison d’être. Une politique refondée par le partage du savoir et de la richesse, par l’alliance généreuse de la culture et de l’engagement pour la justice sociale, pour la responsabilité écologique, pour une citoyenneté propre à redonner la parole au peuple. Jean-Luc Mélenchon a donné le bel exemple d’une telle refondation, à mille milles des préjugés de la classe dominante et de la trivialité d’un gouvernement qui n’a pas hésité à pêcher en eaux troubles en inventant l’abjection du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». Le président sortant joue désespérément sur la peur et désigne à la vindicte collective une partie de la population pour susciter un vote en conséquence. Une dérive honteuse, qui montre jusqu’où peut aller la conjonction de l’addiction au pouvoir et d’une politique obscurantiste, tournée vers les seuls privilèges des puissances dominantes.  Lire la suite

Collectif – Nous ne voulons pas mourir dans les décombres du néolibéralisme !

Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense, mais ils finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine. » En quelques mots, l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international, Kenneth Rogoff, résume bien la situation de l’économie mondiale. Quant au gouverneur de la Banque d’Angleterre, il affirme que « la prochaine crise risque d’être plus grave que celle de 1930″… Lire la suite

Antoine Reverchon – Indépendants précaires & Hyperprécaires

 

Un vote surprise ? Un vote de crise, que tous les indicateurs sociaux à notre disposition avaient pourtant annoncé.

Entre septembre 2008 et février 2012, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus est passé de 980 000 à 1,6 million, la durée moyenne d’inscription des sortants du chômage est passée de 195 à 250 jours.

D’autres données sont plus anciennes ou partielles, signe que l’outil statistique n’est guère sollicité pour traiter l’urgence, mais la tendance est là. Entre 2008 et 2010, le taux de chômage des travailleurs non qualifiés est passé de 12,7 % à 16,1 %. Cette année-là, 8,2 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvreté (60 % du salaire médian), 330 000 de plus qu’en 2007.

De 2002 à 2009, la population disposant de moins de 40 % du revenu médian a augmenté de 43 %. Entre 2010 et 2011, le nombre de personnes demandant de l’aide aux équipes du Secours catholique a augmenté de 45 %, etc. Lire la suite