Gordon Lefebvre et Eric Martin – L’acte fondateur de l’âge barbare

 

Pour une première fois, nous prenons la plume au Québec en craignant que cela ne puisse entraîner des représailles à notre endroit. Malgré cela, il existe des choses qu’il faut dire et écrire lorsque des crises significatives éclatent qui risquent d’ébranler les fondements mêmes de la démocratie. Depuis le début du conflit étudiant, le gouvernement présente l’augmentation des droits de scolarité comme une décision purement budgétaire qui relèverait du bon sens et de la saine administration. Or, malgré son aspect comptable à première vue, il s’agit dans les faits d’une décision proprement politique, laquelle participe d’un projet néolibéral de transformation du rapport que la jeunesse entretient avec le savoir, les institutions et la société en général. Lire la suite

Vicky Skoumbi – En Grèce, la théorie des deux extrêmes

Les résultats des élections en Grèce ont été présentés par certains médias français comme une montée des partis situés aux deux extrémités de l’échiquier politique. Des partis qui bien qu’équidistants constitueraient par leur discours un «front du refus» à l’Europe. Cet amalgame ahurissant entre l’Aube Dorée – un parti néonazi dont plusieurs membres sont en attente de jugement pour agressions criminelles – et Syriza – la coalition de gauche radicale – semble plus qu’une simple erreur d’appréciation, de jugement ou de terminologie. Désigner Syriza comme un «pendant gauchiste» de L’Aube Dorée est à la fois un acte de délégitimation politique et d’occultation de la vision pro-européenne qui est la sienne. Mais c’est également une tentative d’étouffer, en la minorant, l’irruption sur le devant de la scène politique grecque d’une gauche décidée et engagée, à mille lieux de la soi-disant gauche du Pasok et de ses réformes néolibérales. En fait, Syriza, loin de constituer une menace pour la démocratie et l’Europe, s’attaque, de plein fouet, à leur évidente subordination au système financier. Lire la suite

Edwy Plenel – Nous sommes tous des Grecs

En Grèce se joue l’avenir commun des peuples européens : non seulement celui de nos économies, mais celui de nos démocraties. Les Grecs ne sont pas responsables d’une crise produite par l’aveuglement d’une Europe ayant abandonné la politique pour la finance. Si la solidarité avec le peuple grec s’impose, c’est parce qu’elle est la condition préalable d’un changement véritable. La guerre d’Espagne fut l’épreuve européenne du Front populaire, la crise grecque est celle de la présidence Hollande. Lire la suite

Amartya Sen – The Crisis of European Democracy

If proof were needed of the maxim that the road to hell is paved with good intentions, the economic crisis in Europe provides it. The worthy but narrow intentions of the European Union’s policy makers have been inadequate for a sound European economy and have produced instead a world of misery, chaos and confusion.

There are two reasons for this. Lire la suite

Gaëtan Pelletier – Loi 78 : Le Québec déménage en Corée du Nord

La délection – pardon, délectation,  de la délation

Selon l’amendement présenté ce matin, tout organisateur d’une manifestation de 25 personnes ou plus devra fournir aux policiers, 8 heures à l’avance, l’itinéraire et la durée de cette sortie. Le projet de loi 78 prévoyait à l’origine la même obligation, mais pour une manifestation de 10 personnes ou plus. (Corrigeons : 50) Lire la suite

Alain Brossat – La culture, un moyen de gouvernement

La digestion des oppositions

« Le Grand dégoût culturel est un livre qui a relativement bien marché en librairie, une chose qui ne m’arrive pas souvent. Il a eu tout de suite un papier dans Télérama et ça a contribué à le propulser dans le milieu des industries culturelles, auprès des gens même qu’il dénonce. Parce que s’il prenait totalement à revers les cultureux, il leur parlait aussi de choses qu’ils rencontrent tous les jours dans leur métier, d’éléments de malaise qu’ils ressentent à l’occasion. Il a donc bénéficié d’un certain bouche à l’oreille dans ces milieux, sur un mode très ambivalent. Lire la suite

C.Durand et R.Keucheyan – Syriza ou le moment de changer l’Europe

Le succès remporté par Syriza lors des législatives grecques du 6 mai est un événement pour toute l’Europe. Arrivée en deuxième position, cette formation de la gauche radicale est désormais la principale force d’opposition aux politiques de la «troïka» (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) relayées par les partis du centre, gauche et droite réunies. Dans un pays en décomposition accélérée, où s’étend l’ombre délirante des néonazis, elle incarne la seule lueur d’espoir. Face à la dégénérescence de l’Europe néolibérale, c’est par Athènes que passe aujourd’hui l’alternative. Lire la suite

Noam Chomsky – Sur le suicide économique de l’Amérique

LF : Nous allons commencer par un panorama. Comment décririez-vous la situation où nous nous trouvons, historiquement ?

NC : il y a soit une crise soit un retour à la norme d’une stagnation. Un point de vue veut que la norme soit la stagnation et que parfois on en sorte. L’autre veut que la norme soit la croissance et que parfois on puisse entrer en stagnation. On peut débattre cette question, mais la période veut que l’on soit près de la stagnation mondiale. En l’état des principales économies capitalistes, les États-Unis et l’Europe, c’est la croissance basse et la stagnation, avec une différenciation du revenu très forte dans un changement — un changement stupéfiant — de la production à la « financiérisation ».

Les États-Unis et l’Europe se suicident de différentes manières. En Europe, c’est l’austérité au cœur de la récession, c’est ce qui a garanti la catastrophe. Il y a une certaine résistance en ce moment. Aux États-Unis, c’est essentiellement la production délocalisée et la financiérisation, et se débarrasser de la population superflue en l’incarcérant. Lire la suite

Henri Pena Ruiz – Un nouveau discours politique a émergé

De lassitude en désespérance, la politique se languissait. On n’y croyait plus. Sous les feux de la rampe, les médias faisaient de leur mieux pour amuser la galerie. Hélas ! à leur insu, ils reproduisaient souvent les poncifs de l’idéologie dominante. La droite avait gagné la bataille des idées : elle avait imposé son langage, ses problématiques, son idéologie. Lire la suite

Diana Johnstone – The French Chose a New “President”; Will the Eurocrats Let Him Do Anything?


The choice of François Hollande over Nicolas Sarkozy was an extreme case of the lesser of two evils.   Seldom has a winning candidate inspired so little enthusiasm.  Considering how unpopular Sarkozy was, according to polls, the final vote of 51.6% for Hollande to 48.4% for Sarkozy was surprisingly close. Voting for the bland and inoffensive Hollande was finally the only way to get rid of the agitated Sarkozy, aggressively pretending to be President of France.

There is no more real President of France.  The leader who is elected to occupy the Elysée Palace no longer lays down the policy direction to be taken by the nation. That role has been largely taken over by the European Union Commission in Brussels. Lire la suite