John Marsh – L’éducation suffira-t-elle ? Contre les inégalités, une panacée illusoire.

Alors même que les campements du mouvement Occuper Wall Street (OWS) se multipliaient aux Etats-Unis, une étude très officielle publiée au mois de novembre est venue en éclairer les fondements. Selon le Bureau du budget du Congrès (Congressional Budget Office, CBO), le revenu médian (1) des foyers américains a crû de 35 % entre 1979 et 2007. Pendant la même période, les salaires progressaient sept fois plus vite pour le centile le plus riche (soit 1 %de la population) (2).

Le jour qui suivit l’annonce de ces chiffres, l’éditorialiste Nicholas Kristof — identifié comme « plutôt à gauche » — publia dans le New York Times un article intitulé « Occuper la salle de classe » (3). Tout en prenant la mesure du problème posé par les inégalités socio-économiques aux Etats-Unis, il s’y démarquait des revendications implicites des manifestants : il n’en appelait ni à une augmentation de la contribution fiscale des plus riches, ni à une régulation du système financier, encore moins à l’emprisonnement de banquiers en vue. Lire la suite

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Woodward et Newton – Les banquiers détestent l’Islande

A force d’enquêtes judiciaires, l’île aux volcans a fait drastiquement diminuer ses dettes. Etonnant non?

La crise financière mondiale, attisée localement par la cupidité aussi surprenante que hors norme des banquiers islandais, a bien failli rayer l’île  de la carte en 2008.

Aujourd’hui c’est du côté de Reykjavik – que l’agence de notation Fitch a d’ailleurs relevé d’un cran à la mi-février – et qui a renoué avec la croissance en 2011 jusqu’à tabler sur un taux de 2,7% pour 2013 avec une balance commerciale redevenue excédentaire, que se déroule une véritable révolution dans l’indifférence quasi générale des médias européens. Lire la suite

Serge Halimi – Fédéralisme à marche forcée

Les grandes catastrophes encouragent les croyants les plus fervents à redoubler aussitôt de piété. Ainsi des fédéralistes européens : refusant de concevoir qu’on puisse un jour tourner le dos aux politiques d’intégration — monétaire, budgétaire, commerciale — qui ont aggravé la crise économique, ils souhaitent au contraire renforcer l’autorité de ceux qui les ont mises en œuvre. Les sommets européens, les pactes de stabilité, les mécanismes disciplinaires n’ont rien arrangé ? C’est, répondent invariablement nos dévots, parce qu’ils n’ont pas été assez loin : pour eux, toute réussite s’explique par l’Europe, et tout échec par le manque d’Europe (1). Cette foi du charbonnier les aide à dormir à poings fermés et à faire de jolis rêves. Lire la suite

David Harvey – « Syriza est un mouvement emblématique pour toute l’Europe ».

David Harvey s’est trouvé en Grèce du 20 au 27 juin dans le cadre de la semaine qui lui était consacrée par les départements de géographie et d’urbanisme de l’université Harokopeion du Pirée. Il a accordé cet entretien, publié le 24 juin 2012, au quotidien grec de Syriza Avghi.

Aux élections du 17 juin, Syriza est arrivé en deuxième position à l’échelle nationale mais il était en tête dans le grand Athènes, le principal centre urbain, où vit un peu moins de la moitié des habitants du pays. Comment expliquez-vous ce résultat compte tenu du fait que la droite était largement en tête dans les quartiers aisés, tandis que les partis centristes, tout comme les couches intermédiaires, se sont affaissés ? Faut-il recourir davantage à la géographie marxiste ?

Oui, il nous faut certainement davantage de géographie marxiste. Je n’ai pas une vision d’ensemble des données démographiques mais, compte tenu de la dynamique de la situation, le plus probable est que les centres urbains soient davantage touchés par la crise que la province, où sans doute une forme d’autosuffisance alimentaire semble possible. Lire la suite

Michel Feher – L’économie de la xénophobie

Le réveil tardif des modérés de la droite ne doit pas faire illusion : même si le résultat des élections législatives semble leur ouvrir une petite fenêtre d’opportunité, on voit mal comment l’UMP pourrait fonder son projet de reconquête sur un programme dont l’attachement à la rigueur budgétaire et le combat contre l’assistanat seraient les seules composantes. Faut-il rappeler que la campagne de Nicolas Sarkozy, qui reprenait à son compte les priorités de Marine Le Pen, n’a guère empêché l’électorat conservateur de voter pour lui ? A-t-on oublié les enquêtes d’opinion qui signalent qu’une part considérable des sympathisants de l’ancienne majorité souhaite la formation d’une alliance avec le Front national ? N’est-ce pas pour hâter une pareille recomposition de la droite que tant d’électeurs frontistes refusent de reporter leurs voix sur les candidats d’un parti dont les instances dirigeantes rechignent encore à la formaliser ? Bref, en dépit des remords exprimés par les nostalgiques de la droite d’avant Sarkozy, il est à craindre qu’en cas de désaveu d’une présidence «normale» insuffisamment audacieuse, l’alternance à venir permette à une coalition bleue-brune de s’imposer. Lire la suite

Chris Hedges – Why We Fight

 

I park my car in the lot in front of the rectory of Sacred Heart in Camden, N.J., and walk through a gray drizzle to Emerald Street. My friend Lolly Davis, whose blood pressure recently shot up and whose kidneys shut down, had been taken to a hospital in an ambulance but was now home. I climb the concrete steps to her row house and ring the bell. There is an overpowering stench of garbage in the street. Her house is set amid other brick and wooden residences, some of which have been refurbished under Monsignor Michael Doyle’s Heart of Camden project at Sacred Heart, a Roman Catholic parish. Other structures on Davis’ street sit derelict or bear the scars of decay and long abandonment. Lire la suite

Alain Garrigou – Radicalisation et autoexclusion

Au soir de chaque consultation électorale, les commentateurs patentés se livrent à l’exercice de l’analyse de scrutin et disent l’opinion. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les sondeurs ont pris, sur les plateaux de radio et de télévision, le rôle de premier interprète de l’opinion publique. Grâce à leur disponibilité — ils font la promotion de leur entreprise — et à leur affinité doxique avec la conception dominante du journalisme politique. Le soir et le lendemain du 10 juin, premier tour des élections législatives, les électeurs ont donc entendu parler doctement de ce qu’ils avaient voulu dire par leur vote. Ils ont aussi écouté des constats objectifs sur les élections. Mais quels enseignements furent tirés du constat, massif, du record d’abstention encore une fois dépassé ? Lire la suite