Eduardo Galeano – Voix du temps

De nationalité uruguayenne, Eduardo Galeano figure parmi les écrivains latino-américains contemporains les plus reconnus. A la fois journaliste et poète, conteur et historien, il consigne ici les saynètes d’un ordinaire oublié, et rappelle qu’une petite histoire en dit parfois autant qu’une longue analyse. De très beaux textes. Lire la suite

Jérôme Leroy – Mélenchon ? Un roman noir

Je n’ai pas toujours eu envie d’écrire du roman noir. Au commencement, j’avais plutôt une nature heureuse, rêveuse, presque indolente et j’aimais, j’aime toujours d’ailleurs, des écrivains qui n’allaient pas dans le sens de l’engagement familial. Un engagement qui se partageait entre communistes, socialistes et chrétiens de gauche. Oui, dans ma bibliothèque, il y avait Aragon et Vailland, les surréalistes mais aussi Toulet, Morand et Nimier. D’une certaine manière, le style pour moi excusait tout, la littérature me semblait une sorte de zone franche où l’on pouvait n’avoir comme loi que le goût et les affinités électives. Lire la suite

Patrick Chamoiseau – «Résistance n’est qu’espérance», me murmure Char. Espérance est silence : ce que la vie oppose au babil des vieilles morts.

Samedi

Carnaval s’en est allé

Cinq jours de débandade totale. Maintenant s’est ouvert le carême. Carême c’est en principe : chaud, sec, bleu fixe, ciel métallique. Les alizés auraient dû s’en aller, mais il vente encore là ou je me suis réfugié pour écrire. Loin des nouvelles et loin du monde, au bas de la Montagne pelée, dans la froidure à 20 degrés. Il pleut aussi. Ce sont peut-être les derniers vents. Ils pulsent dans le bruissement des arbres, virevoltent dans des flottées de parfums. Parfois, une radio lointaine disperse quelques mots : Syrie, Sénégal, élections présidentielles, Réunion, DOM-TOM. Echapper à tout cela. Relire René Char. Que devient le monde quand on ne l’écoute pas ? Il continue dessous les fixes aberrations de ces voyous de la finance et du capitalisme. Des Martiniquais se disent «Domiens». Une autonégation. Notre dépendance est un système complexe. Nous y sommes actifs et passifs, créatures et créateurs, désirants et refusants. J’essaie d’affronter l’idée que tout ce que je suis, que je fais, que je dis, que j’écris, s’adapte en quelque part à l’un de ses rouages. Cela me donne un air hagard. Je veille à ne pas justifier mon refus. Je refuse. C’est comme être tout simplement vivant. Lire la suite