Michel Butel – Faisons l’Histoire

Dans la politique, il y a du contradictoire. Pour aller au simple (aux priorités), il faut inventer un chemin, cela perturbe.

Il fallait que la droite perde la présidentielle. Il aurait fallu que ce ne soit pas l’état-major du parti socialiste qui arrive au pouvoir. Il vaudrait mieux que le président de la République soit un homme inspiré.

Il aurait fallu qu’il parle une belle langue. Il aurait fallu que les vainqueurs de cette élection reconnaisse que sans la loyauté totale de Jean-Luc Mélenchon, Sarkozy restait au pouvoir. Il faudrait que les socialistes et leurs quasi-affidés écologistes fassent entendre aux ouvriers, aux jeunes, aux chômeurs, aux misérables, aux humiliés, une voix sincère qui assure que leur sera prêtée une attention réelle, qui leur prouve que tout sera mis en oeuvre pour les protéger des offenses et des supplices qui leur sont faits.

Il fallait recevoir et honorer Aléxis Tsípras car il prononce ces paroles justes qui enhardissent les faibles et inquiètent si violemment les imbéciles et les gangsters au pouvoir partout : la partie n’est pas jouée.

Les imbéciles et les gangsters au pouvoir en Europe ont aidé leurs amis au pouvoir à Athènes à truquer les comptes. Ils leur ont vendu des armes plus qu’à aucun autre pays ou presque. Ils ne leur ont jamais conseillé d’obtenir que les armateurs ou l’Eglise payent l’impôt. Ils leur prêtent des sommes fabuleuses à des taux d’usure. Ils ruinent toute possibilité de reconstruction. Ils les obligent à détruire toutes les protections sociales. Ils pulvérisent la vie des personnes. Ils insultent les Grecs.

Aléxis Tsípras dit que la partie n’est pas perdue. Comme nous savons (et eux ne s’en cachent pas) que les imbéciles et les gangsters au pouvoir en Europe vont désormais faire de même au Portugal, en Espagne, en Italie puis … en France, Aléxis Tsípras est simplement un homme politique qui propose de sauver l’Europe et … l’euro.

Il est venu en France. Il n’a pas été reçu par les vainqueurs de l’élection présidentielle.

Nous avons en tant qu’hôtes, une terrible tradition de forfaiture. Le commandant Massoud était venu, il n’avait pas été reçu. Ici, sur notre sol, Ben Barka fut assassiné. Ici, en plein Paris, l’avocat Mécili a été assassiné.

Quel message est transmis lorsque ceux qui viennent d’accéder au pouvoir grâce à vous et à nous qui voulions recevoir Tsípras, refusent en notre nom, d’honorer ce visiteur ?

Jean-Luc Mélenchon a sauvé notre honneur. Il paraît que ses déclarations favorables à Chávez et à Castro devraient m’interdire d’écrire ceci : en luttant, seul, contre le Front National et en recevant, seul, avec amitié, Aléxis Tsípras, il sauve l’honneur de ceux qui ont élu Hollande (et de ceux qui ne s’y sont pas résolus). De même qu’ai-je à foutre aujourd’hui du soutien, il y a vingt ans, des Grecs à la politique criminelle des Serbes ou bien qu’ai-je à foutre de leur prétention sur la Macédoine ou de leurs intérêts à Chypre, etc. ?

La politique est pavée de contradictions horribles. Mais, voyez-vous, nous ne sommes déjà plus dans le temps de la politique. Les socialistes, les réformistes, laissons-les épuiser les joies de la politique.

Ils font de la politique ?

Faisons l’Histoire.

Michel Butel

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L’impossible n°4 – p.4

Déjà quatre numéros avec des textes de John Berger, Raoul Vaneigem, Yann Moulier-Boutang, … Un très long entretien avec Edwy Plenel de Médiapart.

Possibilité de s’abonner en ligne ici

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