Jean-Marie Harribey – En mi mineur : Entendez-vous dans la campagne?

La plupart des commentateurs de la campagne présidentielle ont dit qu’elle fut fade, inintéressante et ne posant pas les vrais problèmes. En particulier, il fut de bon ton de déplorer que l’écologie fut absente. Et tous les bien-pensants du productivisme ou de la relance de la croissance de rivaliser dans le versement de larmes de crocodile. Même parmi nos amis. Jusqu’à expliquer le faible score d’Eva Joly au premier tour par le fait qu’elle aurait peu porté le message de l’écologie. De même, l’emploi, le chômage, le travail, la répartition des revenus auraient été délaissés. Donc écologie et social auraient été abandonnés en rase… campagne. On a même entendu certains candidats de droite (notamment Sarkozy et Bayrou) accuser tous les candidats de gauche d’ignorer la crise, sans qu’aucun journaliste n’esquisse la question : « Quelle crise ? La vôtre ? Celle du système dont vous êtes l’apôtre et dont vous voulez assurer la pérennité ? » Ces diagnostics sont faux et ils révèlent tous les impensés des auteurs de ces commentaires. Lire la suite

Frédéric Lordon – Le FN, produit endogène des alternances sans alternative

Dans une parfaite prescience de ce qu’est notre condition actuelle, Rousseau ne cachait pas être effaré qu’on puisse appeler « démocratie » un système qui donne la parole au peuple une fois tous les cinq ans pour le renvoyer à la passivité et à l’inexistence politique tout le reste du temps. Il vaut donc mieux ne pas louper l’ouverture de la fenêtre quinquennale ! — coup de chance c’est maintenant… comme en témoignent les cris d’horreur des médias redécouvrant qu’il existe un électorat d’extrême droite, peut-être même qu’il existe un électorat tout court, redécouverte il est vrai facilitée chaque fois que l’électorat en question les contredit. A quelque chose malheur est bon et, au milieu de si nombreux motifs d’accablement, le spectacle de la volaille éditocratique courant en tous sens dans un nuage de plumes pourrait presque être divertissant — s’il n’était destiné à finir aussi brutalement, et inutilement, qu’il a commencé : passé le second tour des législatives, « l’électorat » retournera aussitôt au néant dont, idéalement, il n’aurait jamais dû sortir. Lire la suite

Henri Pena-Ruiz – A gauche sans complexe



Le moment est venu pour une gauche décomplexée de relever la tête, d’assumer son héritage, d’oser la politique qui fait sa raison d’être. Une politique refondée par le partage du savoir et de la richesse, par l’alliance généreuse de la culture et de l’engagement pour la justice sociale, pour la responsabilité écologique, pour une citoyenneté propre à redonner la parole au peuple. Jean-Luc Mélenchon a donné le bel exemple d’une telle refondation, à mille milles des préjugés de la classe dominante et de la trivialité d’un gouvernement qui n’a pas hésité à pêcher en eaux troubles en inventant l’abjection du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». Le président sortant joue désespérément sur la peur et désigne à la vindicte collective une partie de la population pour susciter un vote en conséquence. Une dérive honteuse, qui montre jusqu’où peut aller la conjonction de l’addiction au pouvoir et d’une politique obscurantiste, tournée vers les seuls privilèges des puissances dominantes.  Lire la suite

Violaine Girard – Les votes à droite en périurbain : « frustrations sociales » des ménages modestes ou recompositions des classes populaires ?


Davantage portés à droite ou à l’extrême-droite, les votes périurbains suscitent un intérêt croissant. Leur interprétation laisse pourtant souvent insatisfait : plutôt que le déclassement ou la relégation, Violaine Girard montre que ces votes traduisent les profondes transformations qui affectent depuis plusieurs décennies les fractions stables des milieux populaires. Lire la suite