Paul Krugman – Le nouveau « plan de sauvetage » de la Grèce

La réponse des dirigeants européens « confrontés à une grave insuffisance de la demande – le secteur privé ne dépense tout simplement pas assez – consiste à attendre, déréglementer et libéraliser les échanges. » Paul Krugman assiste médusé à cet entêtement européen à retarder les échéances, à appliquer des politiques non seulement inadaptées mais nuisibles, par manque de courage politique, mais aussi parce que les leçons si chèrement acquises durant la crise des années 1930 paraissent oubliées.

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Que dire ? Comme l’écrit Felix Salmon, ce n’est vraiment pas crédible. Le problème, lors de tous les épisodes précédents, était que les politiques d’austérité dépriment à un tel point l’activité économique qu’elles annulent la plupart des recettes fiscales : les revenus déclinent, comme le PIB, de sorte que le ratio dette / PIB attendu, empire. Aujourd’hui, voici une nouvelle cure d’austérité – qui est supposée ne pas provoquer trop de dégâts sur la croissance. Les espérances prennent le pas sur la réalité.

OK, en la matière, personne n’est complètement idiot. Ce qui se passe, c’est que personne n’est prêt à s’engager sur des chemins qui pourraient éventuellement déboucher sur : une aide soutenue (et non des prêts) à la Grèce, ou sa sortie de l’euro, conduisant finalement à une plus grande compétitivité et une croissance plus rapide. Ces deux options seraient politiquement catastrophiques, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas être prises avant qu’il n’y ait littéralement pas d’autre alternative. La Grèce sera donc éreintée un peu plus.

J’ai lu voici quelque temps « La Grande Dépression », de Lionel Robbins, paru en 1934. C’est l’ouvrage d’une Personnalité considérée comme Très Sérieuse (PTS) à son époque. Sa solution consistait en un retour à l’étalon-or – qui n’aurait fait qu’empirer les choses – et au libre-échange, ce qui n’avait fondamentalement rien à voir avec un problème qui était celui d’une insuffisance de la demande. Les PTS ont-ils donc appris quelque chose durant ces 78 dernières années ? Non.

Quand j’ai vu les unes annonçant l’appel lancé par les dirigeants européens pour une action en faveur de la croissance, je me suis demandé, juste pendant une seconde, si une fissure apparaissait dans le consensus pour l’austérité. Mais noooon… Leur réponse, confrontés à une grave insuffisance de la demande – le secteur privé ne dépense tout simplement pas assez – consiste à attendre, déréglementer et libéraliser les échanges. Ce n’est pas tant qu’il s’agisse d’une mauvaise idée que d’une idée dénuée de pertinence. Les vraies questions sont :  Que faudrait-il faire pour réduire le fardeau de la dette des ménages ? Que faudrait-il faire pour réduire ces excédents allemands déstructurants ?

On commence à comprendre la macroéconomie lorsque l’on saisit que ce qui est correct d’un point de microéconomique peut s’avérer hors de propos, voire même nuisible d’un point de vue macroéconomique, lorsque l’économie est déprimée. Mais cette compréhension difficilement acquise a été volontairement oubliée.

C’est sans espoir.

Traduction de deux commentaires par ContreInfo, 21.02.2012

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February 21, 2012, 8:18 AM

Greece

We must do something. This is something. Therefore we must do it.

Yes, Minister.

What can I say? As Felix Salmon says, this really isn’t credible. The problem with all previous rounds here has been that austerity policies depress the economy to such an extent that it wipes out most of the topline fiscal gains: revenue fall, so does GDP, so the projected debt/GDP ratio gets, if anything, worse. Now we have another round of austerity — which is assumed not to do too much damage to growth. The triumph of hope over experience.

OK, nobody here is an idiot (although see my next post). What’s happening is that nobody is prepared to take the plunge into either of the paths that might eventually lead out of this: sustained aid (not loans) to Greece, or departure from the euro, leading eventually to higher competitiveness and faster growth. Both options would be politically catastrophic, which means that they can’t be taken until there is literally no alternative.

So Greece will be strung along some more.

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February 21, 2012, 8:32 AM

Partying Like It’s 1934

A while back I read Lionel Robbins’s 1934 book The Great Depression; as I pointed out, it was a Very Serious Person’s book for its era. Its solution was a return to the gold standard — which would have made things worse — and free trade, which was basically irrelevant to the problem of insufficient demand. So have the VSPs learned anything these past 78 years? No.

When I read headlines about the call by European leaders for action to stimulate growth, I wondered for just a second whether there was a crack in the austerian consensus. But noooo. The answer of the leaders to a severe shortage of demand — the private sector simply isn’t spending enough — is, wait for it, deregulation and trade liberalization. This is not so much a bad idea as an irrelevant one. What would it do to reduce the burden of household debt ? What would it do to narrow the destructive German surplus?

The beginning of any understanding of macroeconomics is the realization that what’s good from a micro point of view can often be irrelevant or even harmful from a macro point of view when the economy is depressed. But that hard-won insight has now been willfully forgotten.

Hopeless.

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