Sylvie Laurent — Charles Murray : l’inspirateur américain de Nicolas Sarkozy ?

Préambule : Dans l’imaginaire politique « white » des Etats-Unis, il y a pire que la détestation profonde et ancienne des minorités « black », « latino », « native », … Il y a la révulsion haineuse que provoquent ceux qui sont qualifiés de … « white trash » ! Et il est vrai qu’a priori, ils infirment, en pratique, toutes les  thèses d’une suprématie blanche qu’elle soit, selon le degré de sophistication, raciale ou ethnique ou culturelle. Qu’à cela ne tienne, il suffit de ressortir, avec une violence symbolique nécessairement singulière, une bonne vieille histoire de Q.I. Ce à quoi s’applique Charles Murray, ses épigones et ses lecteurs dans un oubli ordinaire de la genèse contemporaine d’un problème ou d’une question sociale. Jm Ben Adeb
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La sortie sur les écrans cette semaine d’un portrait pour le moins tendre de Margareth Thatcher, alors même qu’un conservatisme musclé crispé sur les «valeurs» s’épanouit de part et d’autre de l’Atlantique, invite à se souvenir de celui qui fut l’un des grands inspirateurs du thatchérisme et qui est peut-être celui du président français aujourd’hui : le politiste Charles Murray, qui signe son grand retour dans le débat public américain avec la parution en ce début d’année de son nouveau livre Coming Apart : The State of White America, 1960-2010 (1). Lire la suite

Raoul Vaneighem & Yannis Youlountas – Grèce, berceau d’un autre monde

Pour un soutien au combat du peuple grec et pour une libération immédiate des manifestants emprisonnés.

Non, bien que dramatique, ce qui se déroule en Grèce n’est pas une catastrophe. C’est même une chance. Car le pouvoir de l’argent a, pour la première fois, dépassé allègrement le rythme jusque-là progressif, méticuleux et savamment organisé de la destruction du bien public et de la dignité humaine. Et ce, sur une terre aussi réputée pour sa philosophie de vie aux antipodes du modèle anglo-saxon que pour sa résistance inlassable aux multiples oppressions qui ont tenté de la mettre au pas. Le Grec ne danse pas et ne dansera jamais au pas de l’oie ni en courbant l’échine, quels que soient les régimes qu’on lui impose. Il danse en levant les bras comme pour s’envoler vers les étoiles. Il écrit sur les murs ce qu’il aimerait lire ailleurs. Il brûle une banque quand elle ne lui laisse plus les moyens de faire ses traditionnelles grillades. Le Grec est aussi vivant que l’idéologie qui le menace est mortifère. Et le Grec, même roué de coups, finit toujours par se relever. Lire la suite

Paul Krugman – Le nouveau « plan de sauvetage » de la Grèce

La réponse des dirigeants européens « confrontés à une grave insuffisance de la demande – le secteur privé ne dépense tout simplement pas assez – consiste à attendre, déréglementer et libéraliser les échanges. » Paul Krugman assiste médusé à cet entêtement européen à retarder les échéances, à appliquer des politiques non seulement inadaptées mais nuisibles, par manque de courage politique, mais aussi parce que les leçons si chèrement acquises durant la crise des années 1930 paraissent oubliées. Lire la suite

Laurent Cordonnier – Dette publique, la conjuration des bonnes idées

En s’accordant, lors du sommet européen du 9 décembre 2011, sur un nouveau pacte budgétaire intergouvernemental, les chefs d’Etat européens ne se sont pas seulement entendus sur une condamnation des peuples de l’Union aux fers et aux chaînes de la rigueur perpétuelle, ils ont aussi pactisé sur le renoncement à deux idées qui faisaient leur chemin : faire payer les banques, comme l’avait défendu l’Allemagne pour traiter du cas de la Grèce, et encourager la Banque centrale européenne (BCE) à racheter les titres de dette des pays attaqués, comme le souhaitait la France. Donnant-donnant : il fut convenu de ne plus embêter son voisin avec une idée qui le dérangeait. Sans doute aussi qu’en fermant à clé les issues de secours, les uns et les autres pensaient apaiser les flammes de l’incendie. Les issues se rouvriront certainement sous le souffle de l’explosion. Lire la suite

Marion Esquerré – La santé, ça se mérite !

Réduire le déficit de la Sécurité sociale, voilà l’obsession depuis trente ans des pouvoirs publics. Deux pistes se distinguent : accroître les moyens de l’Assurance maladie, par la hausse des cotisations sociales par exemple, ou bien chercher à réduire ses dépenses. Les gouvernements successifs ont plus souvent opté pour cette seconde solution, actionnant deux leviers : la réforme de l’organisation et de la gestion économique du système de santé, au centre duquel on trouve l’hôpital, et la réduction progressive de l’indemnisation des soins.

Au final, le résultat est loin d’être convaincant. Le « trou de la Sécu » n’est pas comblé. Et des indicateurs comme le renoncement aux soins ou la réapparition de maladies que l’on croyait éradiquées font craindre une dégradation du niveau de santé publique. Alors, pourquoi s’entêter dans cette voie ? Au fond, quels que soient les domaines des politiques publiques, c’est toujours la même tendance qui est à l’oeuvre : l’abandon de l’État providence. Sur le modèle anglo-saxon, les citoyens sont lentement mais sûrement renvoyés à leur propre sort : « Agissez sur votre mode de vie pour agir sur votre santé. » La santé se mérite, tout comme l’emploi, et serait de moins en moins une affaire collective. Sur le terrain, les réformes portées par cette idéologie font des dégâts. Lire la suite

Peter – Le point sur l' »ObamaCare »

 

« Actuellement, on a le système de santé de loin le plus cher, le plus inefficace, le plus parasitaire, le moins compréhensif, le moins protecteur et le moins égalitaire du Premier Monde ». A la suite du billet, Merry Christmas, les pauvres!, Peter, qui vit à Seattle, a développé dans les commentaires un certain nombre de points (d’écueils, devrait-on dire) sur cette réforme. Afin que tous ceux qui passent par là puissent bénéficier de ces explications claires et instructives, en direct des Etats-Unis, je les inclus dans un billet à part entière.  Lire la suite

Aurélien Bordet – L’hôpital mis à mal


Recensé : Bertrand Mas, Frédéric Pierru, Nicole Smolski et Richard Torrielli, L’hôpital en réanimation, Editions du Croquant, collection Savoir agir, Paris, 2011. 368 p., 19 €.

L’hôpital subit depuis 2009 des réformes lourdes de conséquences pour ses agents comme ses patients. Un ouvrage collectif montre comment le management pénètre progressivement tous les aspects de la vie hospitalière pour en modifier l’activité et la finalité. Lire la suite