Paul Krugman – Nous, les 99 pour cent

 

La RTFB — Radio Télévision Francophone de Belgique — offre dans son service public … des traductions des billets de Paul Krugman, le Prix Nobel d’Economie qui tient un blog « The Conscience of a Liberal », hébergé par The New York Times.

Le billet ci-dessous a provoqué de très vives réactions. Paul Krugman y répond (voir plus bas) par ces premiers mots : « And it’s true — I’m a Sharia Jewish atheist Marxist who hates America! Bwahahaha! »

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« Nous, les 99 pour cent » est un slogan formidable. Il définit très bien ce qu’est d’être la classe moyenne par opposition à l’élite (et non pas la classe moyenne par opposition aux pauvres ).

Et il dépasse également cette notion bien établie, courante mais fausse, que les inégalités croissantes concernent principalement les fortement diplômés qui s’en sortent mieux que les moins diplômés ; les grands gagnants, de cette Ere du Capitalisme Triomphant sont en général une poignée de gens très riches et non des diplômés d’université.

Cependant, le slogan des 99 pourcent vise trop bas. Une grande partie des revenus du percentile le plus riche a été redistribuée à un groupe encore plus petit, les 0,1 pourcent le plus riche, c’est-à-dire le millième de la population le plus riche.

Alors que les démocrates, dans l’ensemble, souhaitent que cette super élite contribue au moins un petit peu à la réduction à long terme des déficits, les républicains veulent réduire les impôts de cette super élite alors même qu’ils sabrent largement les budgets de la Sécurité Sociale, Medicare et Medicaid au nom de la discipline fiscale.

Avant d’en venir à ces débats de politiques à tenir, voici quelques chiffres.

Le récent rapport du Congressional Budget Office sur les inégalités ne s’est pas intéressé au 1 pourcent le plus riche, mais un rapport antérieur, remontant seulement à 2005 l’a fait. Selon ce rapport, entre 1979 et 2005, le revenu des Américains situés au milieu de la redistribution des richesses, après impôts et en tenant compte de l’inflation, a augmenté de 21 pourcent. L’équivalent pour le 0,1 pourcent le plus riche est un chiffre en augmentation de 400 pourcent.

Pour la plus grande part, ces revenus gigantesques reflètent une augmentation vertigineuse des revenus avant imposition de cette super élite. Mais il s’agit également de fortes baisses d’impôts en faveur des riches. Les impôts sur les plus-values sont en particulier bien plus bas aujourd’hui que ce qu’ils n’étaient en 1979 – et le millième d’Américains le plus riche représente la moitié des revenus totaux venant des gains engendrés par les plus-values.

Au vu de cette histoire, pourquoi les républicains se font-ils les avocats de baisses d’impôts supplémentaires pour les très riches alors qu’ils mettent en garde contre les déficits et exigent des coupes drastiques dans les programmes sociaux ?

Eh bien les cris de  » lutte des classes !  » mis à part  lorsque de telles questions sont abordées, la réponse habituelle est que cette super élite est composée de créateurs d’emplois – c’est-à-dire qu’ils contribuent significativement à l’économie. Ce que vous devez donc savoir est que ce n’est pas une bonne analyse économique. Il s’agit en fait d’une mauvaise analyse économique et ça le serait même si l’Amérique avait l’économie de marché parfaite et idéale dont fantasment les républicains.

Après tout, dans une économie de marché idéale, chaque travailleur serait payé exactement en fonction de ce que son travail rapporte à l’économie, pas plus pas moins. Cela vaudrait à la fois pour les employés qui gagnent 30 000 dollars par an comme pour les cadres dirigeants qui gagnent 30 millions de dollars par an. Il n’y aurait aucune raison de considérer les contributions de ceux à 30 millions comme méritant de recevoir un traitement de faveur.

 Cependant, on dit que les riches paient des impôts ! En effet. Et ils pourraient – et devraient selon le point de vue des 99,9 pourcent – payer significativement davantage d’impôts, plutôt que de se voir offrir plus d’allègements fiscaux en récompense des choses merveilleuses qu’ils sont censés réaliser, et ce en dépit de la prétendue crise budgétaire.

Cependant, est-ce que certains des gens très riches ne le deviennent-ils pas parce qu’ils produisent des innovations qui valent bien plus pour le monde que les revenus qu’ils perçoivent ? Certes, mais si l’on regarde qui est réellement dans ce 0,1 pourcent il est difficile d’éviter la conclusion que, pour l’essentiel, les membres de la super élite sont sur payés pour ce qu’ils font et non sous-payés.

Car qui sont ces 0,1 pourcent ? Très peu d’entre eux sont des innovateurs à la Steve Jobs ; la plupart d’entre eux sont des gros bonnets de l’industrie et des financiers de haut vol. Une analyse récente a montré que 43 pourcent de la super élite sont des cadres dirigeants dans des entreprises autres que financières, 18 pourcent sont dans la finance et 12 pourcent sont avocats ou dans l’immobilier. Et ces professions ne sont pas, loin s’en faut, celles pour lesquelles il existe un lien évident entre ses propres revenus et sa contribution à l’économie nationale.

Les salaires des cadres dirigeants, qui se sont envolés depuis la génération précédente, sont définis par des conseils d’administration nommés par ceux-là même dont ils doivent déterminer le salaire ; des PDG aux résultats peu glorieux empochent toujours des salaires astronomiques et les cadres dirigeants licenciés sont mis à la porte avec des parachutes dorés de plusieurs millions.

Pendant ce temps, la crise économique a démontré que le plus grande partie des valeurs apparemment créées par la finance moderne n’était qu’un mirage. Comme l’a formulé récemment le directeur pour la stabilité financière de la Bank of England, des rendements supposés élevés avant la crise ont simplement reflété une prise de risque accrue – des risques encourus la plupart du temps non par les financiers de haut vol mais plutôt par des investisseurs naïfs ou bien par les contribuables, qui ont fini par payer les pots cassés quand tout s’est écroulé. Comme il le fait également remarquer avec hargne  :  » Si la prise de risques était une activité à valeur ajoutée, ceux qui jouent à la roulette Russe contribueraient au bien-être mondial de façon disproportionnée « .

Ainsi, les 99,9 pourcent devraient-ils haïr les 0,1 pourcent ? Non, bien sûr que non. Mais ils devraient ignorer toute cette propagande de « créateurs d’emplois » et exiger que la super élite paie significativement plus d’impôts.

Paul Krugman

 Source : RTFB, 25.11.2011

Original :

We Are the 99.9%

By 

“We are the 99 percent” is a great slogan. It correctly defines the issue as being the middle class versus the elite (as opposed to the middle class versus the poor). And it also gets past the common but wrong establishment notion that rising inequality is mainly about the well educated doing better than the less educated; the big winners in this new Gilded Age have been a handful of very wealthy people, not college graduates in general.

If anything, however, the 99 percent slogan aims too low. A large fraction of the top 1 percent’s gains have actually gone to an even smaller group, the top 0.1 percent — the richest one-thousandth of the population.

And while Democrats, by and large, want that super-elite to make at least some contribution to long-term deficit reduction, Republicans want to cut the super-elite’s taxes even as they slash Social Security, Medicare and Medicaid in the name of fiscal discipline.

Before I get to those policy disputes, here are a few numbers.

The recent Congressional Budget Office report on inequality didn’t look inside the top 1 percent, but an earlier report, which only went up to 2005, did. According to that report, between 1979 and 2005 the inflation-adjusted, after-tax income of Americans in the middle of the income distribution rose 21 percent. The equivalent number for the richest 0.1 percent rose 400 percent.

For the most part, these huge gains reflected a dramatic rise in the super-elite’s share of pretax income. But there were also large tax cuts favoring the wealthy. In particular, taxes on capital gains are much lower than they were in 1979 — and the richest one-thousandth of Americans account for half of all income from capital gains.

Given this history, why do Republicans advocate further tax cuts for the very rich even as they warn about deficits and demand drastic cuts in social insurance programs?

Well, aside from shouts of “class warfare!” whenever such questions are raised, the usual answer is that the super-elite are “job creators” — that is, that they make a special contribution to the economy. So what you need to know is that this is bad economics. In fact, it would be bad economics even if America had the idealized, perfect market economy of conservative fantasies.

After all, in an idealized market economy each worker would be paid exactly what he or she contributes to the economy by choosing to work, no more and no less. And this would be equally true for workers making $30,000 a year and executives making $30 million a year. There would be no reason to consider the contributions of the $30 million folks as deserving of special treatment.

But, you say, the rich pay taxes! Indeed, they do. And they could — and should, from the point of view of the 99.9 percent — be paying substantially more in taxes, not offered even more tax breaks, despite the alleged budget crisis, because of the wonderful things they supposedly do.

Still, don’t some of the very rich get that way by producing innovations that are worth far more to the world than the income they receive? Sure, but if you look at who really makes up the 0.1 percent, it’s hard to avoid the conclusion that, by and large, the members of the super-elite are overpaid, not underpaid, for what they do.

For who are the 0.1 percent? Very few of them are Steve Jobs-type innovators; most of them are corporate bigwigs and financial wheeler-dealers. One recent analysis found that 43 percent of the super-elite are executives at nonfinancial companies, 18 percent are in finance and another 12 percent are lawyers or in real estate. And these are not, to put it mildly, professions in which there is a clear relationship between someone’s income and his economic contribution.

Executive pay, which has skyrocketed over the past generation, is famously set by boards of directors appointed by the very people whose pay they determine; poorly performing C.E.O.’s still get lavish paychecks, and even failed and fired executives often receive millions as they go out the door.

Meanwhile, the economic crisis showed that much of the apparent value created by modern finance was a mirage. As the Bank of England’s director for financial stability recently put it, seemingly high returns before the crisis simply reflected increased risk-taking — risk that was mostly borne not by the wheeler-dealers themselves but either by naïve investors or by taxpayers, who ended up holding the bag when it all went wrong. And as he waspishly noted, “If risk-making were a value-adding activity, Russian roulette players would contribute disproportionately to global welfare.”

So should the 99.9 percent hate the 0.1 percent? No, not at all. But they should ignore all the propaganda about “job creators” and demand that the super-elite pay substantially more in taxes.

 Ce texte avait suscité des « predictable hysterical réactions ». Paul Krugman leur fit cette réponse :

Where The Money Is

I’ve been getting the predictable hysterical reactions to today’s column. And it’s true — I’m a Sharia Jewish atheist Marxist who hates America! Bwahahaha!

But one thing actually worth reacting to is the assertion I keep getting that this is all a distraction, that even if we seized all the money of the top 0.1% it would make no difference to the fiscal outlook. Here’s a piece of advice nobody will take: before you make assertions about numbers, look at the numbers.

So, what we learn from IRS data is that in 2007, before the Great Recession depressed everyone’s income, the top 0.1% had around $1 trillion in taxable income. Now, even confiscating that whole sum wouldn’t eliminate our current deficit, especially since the top 0.1% already paid something like a third of that total in taxes. But then, no single action would close our current budget gap — not even the complete elimination of Social Security or Medicare.

What you want to ask is how much higher taxes on the super-elite mightcontribute to deficit reduction, as compared with the kinds of things politicians are actually proposing.

So let’s suppose that it was possible to collect an additional 10 percent of that super-elite’s income in taxes, to the tune of $100 billion a year. How would this stack up against the kinds of things on the table right now?

Well, consider the idea of raising the Medicare eligibility age — a move that would create vast hardship. According to the Congressional Budget Office (big pdf), when fully phased in this would save … $42 billion a year.

I could multiply comparisons, but the point is that higher taxes on the very rich could make a significant contribution to deficit reduction. They couldn’t eliminate the deficit on their own, but what could? There’s real money up there, and those making it should be bearing a share of the burde

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