Le Yéti – « Grande perdition » : seuls les « Indignés » ont la clé

La crise de la « Grande perdition » arrive à son dénouement. L’acte de décès du système relève de l’évidence cruelle. Au point, élément tout à fait nouveau, que les dirigeants qui s’en portaient jusqu’alors garants commencent à lâcher prise et à s’y résigner.

Beaucoup moins de volontarisme dans leurs réunionnites : ainsi lors du mini-sommet de Strasbourg où Sarkozy parla sans trop de conviction de « compromis positif » quand Merkel retoquait sèchement la demande franco-italienne d’euro-bonds et d’intervention de la BCE.

Ainsi encore de l’échec au 23 novembre des négociations entre républicains et démocrates américains au sein de la super commission antidéficit, qui fut accueilli avec une bien molle torpeur par les deux parties, Obama compris.

Plus d’échappatoire à l’intérieur du cadre
Devant cette faillite généralisée, plus guère d’échappatoire pour nos maîtres du monde interloqués :

soit, conscients ou non de la vacuité de leurs efforts, ils s’ingénient en dépit du bonssens à essayer de sauver ce qui reste de leur cadre vérolé (croissance, plein emploi sont d’évidence des mythes obsolètes) ;
soit, comme le note le blogueur Caleb Irri, « ils ont une idée derrière la tête pour reprendre le contrôle des événements, et il s’agirait de savoir laquelle » (hypothèse très certainement envisagée, mais guère envisageable sans plongée meurtrière dans le drame) ;
soit encore – c’est moi qui rajoute – il existe une voie nouvelle, tout à fait inédite, mais de plus en plus incontestable : celles de ces « Indignés » qui commencent à trépigner aux quatre coins du globe.
Oui, oui, j’entends déjà les tollés, les soupirs entendus, les sarcasmes, « ha ha ha », cette poignée de braillards vaporeux, sans structures, sans partis, sans syndicats, sans programmes ! En clair, hors du cadre.

Des forces disparates mais convergentes

Or, c’est précisément parce qu’ils sont hors du cadre que peut venir d’eux le salut. Entre les deux territoires, le cadre saccagé, l’autre en devenir, une frontière inconciliable. Un fossé béant.

« J’appelle “Indignés” tous ceux qui ont compris l’impérieuse nécessité de jouer la partie hors du cadre systémique imposé. »
Le mouvement des « Indignés » relève d’une nébuleuse de forces disparates, naissantes, mais possiblement convergentes. Ceux, mais pas seulement, qui occupent la Puerta del Sol à Madrid, le parc Zuccotti à New York, les places Syntagma à Athènes, Tahrir au Caire, le parvis de la Défense à Paris…

Mais aussi, pour ne citer que les francophones, des personnalités convaincues (Jorion, Lordon…). D’autres qui ne le sont pas encore tout à fait, qui pensent encore pouvoir influer sur le cadre en déroute, mais que la pression des événements fera inévitablement basculer (Todd, Mélenchon…).

La convergence de ces forces battra en brèche bien des préjugés étriqués. Car les troupes ne viendront pas seulement du seul flanc gauche, mais d’horizons multiples, parfois contradictoires (Dupont-Aignan et les vieux gaullistes outragés, croyants ou athées aux convictions morales bafouées…) Rappelez-vous la composition hétéroclite du Conseil national de la résistance dès 1943.

L’inertie des foules ? Celle-ci tient à la peur et aux carcans mentaux socio-culturels qui font apparaître le monde d’avant comme unique piste empruntable. La débâcle de celui-ci entraînera suffisamment de défections dans ses rangs (jeunes sans avenir, classes moyennes ruinées, retraités spoliés…).

Que ces défections ne soient pas majoritaires n’a guère d’importance. En temps de crise grave, ce ne sont plus les majorités qui influent, mais la résolution des minorités actives. Les résistants de la première heure étaient moins nombreux que les campeurs du parvis de la Défense.

Un mouvement contraint et forcé

Pisse-vinaigre et fesse-mathieu – tous dans le cadre, cela va de soi, qu’ils s’en revendiquent partisans ou adversaires de principe – brocarderont à qui mieux mieux les troupes étiques de ces va-nu-pieds idéologiques.

Ils ont tort. Ces bataillons déguenillés n’agissent pas par idéalisme, utopie ou rêve de Grand soir fumeux. Mais par pragmatisme, urgence et réflexe de survie, celle de l’espèce, ni plus ni moins, Avec l’opiniâtreté de ceux qui savent n’avoir plus rien à perdre, mais tout à gagner.

Ainsi de ces Egyptiens retournant résolument sur la place Tahrir pour ne pas se laisser voler leur révolution. Ainsi de ces révoltés grecs, portugais, espagnols, islandais, syriens, tunisiens, américains…

Deux vents contraires soufflent aujourd’hui sur le monde. L’un mauvais (et ses terribles risques de tourbillons régressifs) conduit inexorablement à une tragédie comme le siècle précédent en connut deux. L’autre, incertain, est le seul à même d’en enrayer les ravages, d’en apaiser les souffrances.

Il est inconscient de nier la gravité du premier, mais suicidaire de déprécier le second, clé désormais vitale pour échapper à la « Grande perdition ». La peur, l’inertie, l’indifférence laissent toujours le champ libre au désastre.

Chroniques d’un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

« Grande perdition » : seuls les « Indignés » ont la clé

Le Yéti
voyageur à domicile
Publié le 28/11/2011 à 10h30

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