Dette publique, intérêts de la dette et fonction publique

99,99999 …% des sondés « pensent » qu’un gouvernement de gauche est « par nature » plus dépensier, plus laxiste qu’un gouvernement de droite. Le « sentiment » de 99,99999 …% des sondés ne dit rien du réel. Il illustre seulement la puissance d’un système de propagande. La plupart des sondages n’ont d’autre raison que celle de vérifier que les « explications » fournies par les médias, sont bien « passées ». Si le résultat d’un référendum est différent de celui escompté par la classe politique, c’est qu’il y aura eu un « déficit d’explications » ou que le peuple est définitivement c… Il convient alors sinon de le dissoudre, du moins de le contourner (Commission Européenne, Banque Centrale, …)

Voici une infographie réalisée par le journal Le Monde :

La dette et les déficits français depuis vingt ans. LeMonde.fr – 10.08.11

Lorsqu’un gouvernement de gauche recrute quelques dizaines de milliers de fonctionnaires ou de contractuels, il augmente « un peu » les dépenses de l’Etat. Lorsqu’un gouvernement de droite réduit les impôts, allège les charges sociales, il diminue « beaucoup » les recettes de l’Etat et des organismes sociaux. En 2008, la Cour des Comptes reconnaissait que des efforts avaient été fournis pour réduire les dépenses publiques, mais … si « entre 2003 et 2007, écrit la Cour, la dépense publique a été réduite de 0,9 point en France, contre 4,6 en Allemagne, les recettes publiques ont baissé en France de 0,6 point, alors qu’elles augmentaient de 0,3 point dans les autres pays de la zone euro » (Denis Clerc – La dette publique : le pire est devant nous, juillet 2008).

En 1980, alors que les taux d’intérêt sont élevés, un tiers seulement du produit de l’impôt sur le revenu était nécessaire pour payer les intérêts de la dette des administrations publiques. En 2004, c’est l’intégralité du produit de cet impôt qu’il a fallu consacrer au paiement des intérêts de la dette, alors que les taux d’intérêt sont bas. Ce qui signifie concrètement que lorsqu’un Français paie l’impôt sur le revenu, il paie en fait uniquement les intérêts de la dette passée des administrations publiques. Et cette dette reste entièrement à rembourser.

Dans un article un peu ancien, 2004, de la Documentation Française, nous pouvons lire ceci. « Si l’on regarde seulement la dette de l’État, il apparaît que la France consacre aujourd’hui presque autant à payer les intérêts de sa dette financière passée qu’à assurer la défense nationale ou à éduquer ses enfants. Et encore, bénéficions-nous aujourd’hui de taux d’intérêt particulièrement bas ».

Graphique : charge de la dette.

En 2005, la charge de la dette était de 40 milliards d’Euros et le budget de l’Enseignement Primaire et Secondaire, de 56 milliards d’Euros. En d’autres termes, si demain, on virait la moitié des enseignants et des autres personnels du « mammouth » Education Nationale, et bien, avec l' »économie » ainsi réalisée, on ne pourrait même pas payer … les intérêts de la dette publique. Si on supprimait le ministère de la défense ou celui du travail ou celui de l’Agriculture, on ne le pourrait pas. Une fois les proportions rétablies, il devrait apparaître que la  réduction  de quelques dizaines de milliers du nombre des enseignants n’aura qu’un effet dérisoire sur la charge de la dette publique (1), sans parler du remboursement de cette dette. En d’autres termes, que la connexion établie entre le nombre de fonctionnaires et la dette publique est un acte de propagande. Par contre, la réduction du nombre de fonctionnaires ou de contractuels dans l’Education Nationale, dans les hôpitaux publics, dans … la Police Nationale, …, affecte gravement la qualité des services publics. Cette catastrophe programmée a un énorme avantage : elle permet de proposer comme alternative à une « incompétence bureaucratique », à la « fainéantise » statutaire des agents de l’Etat, des partenariats Public-Privé extrêmement coûteux ou une privatisation des services. Les comparaisons internationales, les expériences réalisées ici ou là durant ces dernières décennies, n’ont jamais montré, bien au contraire, que cette privatisation conduisait à des coûts plus bas ou à une meilleure efficience sociale. De ce point de vue, le système de santé américain privatisé, même comparé à un système de santé français en voie de démolition, apparaît aux yeux d’un observateur impartial comme une caricature. Il faut en effet beaucoup de talent pour avoir aux USA, un taux de mortalité infantile très supérieur, non seulement à celui de la France, mais aussi à celui de … Cuba.

A droite, mais aussi de plus en plus dans une ancienne gauche devenue centre droit, on pleure beaucoup sur les « futures générations » sur lesquelles nous ferions peser un poids insupportable. Cette sensibilité pourrait émouvoir si nous n’étions pas dans une société qui s’accorde d’un chômage massif depuis trente ans, d’une société dans laquelle, comme le dit Yves Jamait, « on plante des fleurs au bord des SDF ». Cette sensibilité pourrait émouvoir si par exemple, l’accès aux études supérieures n’allait pas être, sur le modèle anglo-saxon ou … chilien, drastiquement réduit dans les années à venir, mais aussi l’accès à la santé. Ou si la destruction systématique de l’Etat social n’était pas ce qu’elle est, à savoir une extraordinaire régression historique que les futures générations auront à vivre.

Faute de parler de classes sociales et de la guerre, pour l’instant de faible intensité, que l’une livre aux autres, les politiciens préfèrent recourir à ces pauvres catégories d’âge, les « baby-boomers » nantis vs les « pauvres » jeunes, les contemporains vivant au-dessus de leurs moyens vs les générations futures sacrifiées. Alors même qu’il ne s’agit que de préserver les conditions de la reproduction élargie des futures générations … d’actionnaires.

Jusqu’à une époque récente, la seule institution habilitée à créer de la monnaie était la Banque Centrale. Dans le cadre de certaines limites, cette création monétaire pouvait pourvoir aux besoins de l’Etat. En ayant pour conséquence une inflation modérée, elle pouvait réduire la charge de la dette de l’Etat et … des ménages. Même si les taux d’intérêt étaient plus élevés, les détenteurs de capitaux n’étaient pas nécessairement à la fête : il y avait indirectement une redistribution de la richesse. Depuis, les Etats, eux-mêmes, se sont interdits de créer de la monnaie ; « volontarisme »étatique qui ne dérangea pas les néo-libéraux. Dès lors, la création monétaire est assurée par les institutions financières selon le principe suivant. Schématiquement, si je possède 100, grâce à un coefficient multiplicateur, je peux prêter par exemple 500. Lorsque les 500 sont remboursés, il y a eu une création monétaire de 400. Depuis plus de deux décennies, il y a ici, une inflation que nulle n’évoque, une inflation par les actifs. Elle a conduit à une explosion de la masse monétaire, mais encore à une explosion de la masse monétaire avec une déconnection de la production. Si cette création monétaire correspond à une sorte de « retour sur investissement » dans la production, économie réelle et économie monétaire évoluent de concert. Il y a, en première approximation, une équivalence entre les biens et services produits et leur représentation symbolique. Si cette création monétaire, comme source d’enrichissement fabuleux des institutions financières, devient un but en soi, elle se déconnecte de l’économie réelle, et va nécessairement d’éclatement de bulle spéculative en éclatement de bulle spéculative, dans des tentatives toujours avortées de raccordement à l’économie réelle.

Pour déconnectée de l’économie réelle qu’elle soit, la finance n’en a pas moins de puissants effets sur celle-ci. Littéralement, elle vampirise la production. Si elle induit indirectement d’importants gains de productivité, tous les gains de productivité réalisés dans l’économie réelle ne pourront jamais permettre le raccordement des deux économies. Cette course de l’économie réelle est perdue d’avance. Dans la course folle de la finance, il faut que les institutions financières prêtent de l’argent au plus grand nombre d’acteurs économiques, en regardant le moins possible les capacités de remboursement. Le sauvetage, non pas de l’économie réelle dont plus personne dans les classes dirigeantes n’a le souci, mais celui de la seule finance considérée comme le tout de l’économie par ces nouveaux mercenaires, passe par une captation de richesse aux dépens du travail sans précédent. La délocalisation de la production des biens de base n’est rien d’autre qu’un moyen d’abaisser le coût de la force de travail. Le démantèlement de grandes entreprises qui se redéfinissent autour d’un « coeur de métier » et laissent le reste de l’activité à des entreprise sous-traitantes où les conditions de travail sont des plus précaires, en est un autre. La charge de la dette de l’Etat et des collectivités conduisant à une réduction des dépenses utiles et abaissant le coût social de la reproduction de la force de travail en est encore un autre. La financiarisation de l’économie a pour conséquence une destruction massive de l’économie réelle. Les plans d’austérité qui vont être imposés à tous les peuples de l’Occident n’en sont qu’une reconnaissance publique.

Economiquement, il n’est pas possible d’assurer le destin des futures générations … d’actionnaires. Personne ne peut plus rien pour une finance devenue folle et à vouloir persévérer dans une erreur pluri-décennale, nous allons au devant de catastrophes humaines sans précédent qui rendent un rien cynique l’allusion sans cesse réitérée aux « futures générations ».

Nous pouvons aussi, à un moment où l’Histoire bégaie à nouveau sous le poids des contradictions exacerbées d’un capitalisme sauvage, tenter de donner une impulsion de sens contraire.

 

1. Critiquant la proposition de F. Hollande d’embaucher des enseignants, N. Sarkozy a affirmé que « 60 000 enseignants, c’est 500 millions d’Euros ». Quelques jours avant, il avait interrogé « Où va-t-on trouvé l’argent ? C’est l’argent des Français ! » Payer plus de 40 milliards de charge de la dette, c’est plus facile. Il suffit de prélever la totalité de l’impôt sur le revenu.

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